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Mamani Keita : une vie d'aventures

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Mamani Keita : une vie d'aventures

19/05/2011

Studios Campus, Paris, le 31 mars. A la veille d’un premier concert au festival d’Amiens, Mamani Keita guide ses cinq musiciens dans l’un des morceaux de Gagner L’Argent Français, son nouvel album. Elaboré, comme le précédent, avec le guitariste et arrangeur Nicolas Repac (collaborateur d’Arthur H), le disque résonne de guitares rock et de programmations subtiles, qui dialoguent avec les cordes d’une kora ou d’un n’goni, dans une volonté farouche d’ouverture de la musique africaine. « L’idée, c’est de montrer aux Occidentaux qu’on peut faire un échange et aux Africains qu’il ne faut pas qu’on reste dans notre ghetto… », explique Mamani à la faveur d’une pause, dans la semi-pénombre du studio n°2. Et le titre ? Mamani s’esclaffe, puis reprend son sérieux : « J’ai voulu dire à mes frères, mes soeurs et mes parents restés au pays qu’on ne gagne pas si facilement de l’argent ici, nous autres immigrés ». Et ce d’autant que Mamani, d’ascendance noble, comme tous les Keita, n’était pas destinée à gagner sa vie par la musique, réservée aux griots.

 

 


Mamani Keita, Gagner L'Argent Français

 

 

 

La vocation de Mamani Keita procède d’un drame : elle perd sa mère à l’âge de onze ans, en juillet 1978. Elevée par sa grandmère maternelle, qui chantait pour « soigner les personnes possédées », elle se lance alors corps et âme dans les activités que sa mère proscrivait : danse et musique. En 82, elle remporte les titres de meilleure danseuse et meilleure soliste, catégorie chant, à la Biennale de Bamako. Elle intègre le Badema National comme choriste, puis Salif Keita l’engage et, en 1987, l’emmène jouer en Europe. Mamani reste aux côtés du célèbre chanteur albinos jusqu’en 1992. Commence ensuite une période de galère. « Je suis resté sept ans sans papiers. On ne faisait plus appel à moi. Je vivais dans les foyers africains, je donnais des coups de main à des copines, parfois j’allais chanter un peu en studio ».

 

 


C’est Cheick Tidiane Seck, le patriarche de la scène malienne parisienne, qui va l’extirper de cette impasse. Il la fait participer au somptueux Sarala, qu’il enregistre avec le pianiste de jazz Hank Jones. Mamani se lie à cette occasion ave le producteur d’Universal Jazz, Daniel Richard, qui croit en son talent. Entretemps, elle a pu être régularisée suite à la naissance de sa fille, dont le papa est français. Les portes commencent à s’ouvrir : elle enregistre Electro Bamako pour Universal, fruit de sa collaboration avec Marc Minelli, qui la propulse parmi les chanteuses africaines les plus en pointe en matière de sonorités contemporaines. En 2006, Yelema, pour le label No Format, approfondit cette démarche. Ensuite, malgré une participation au disque de Dee Dee Bridgwater, Red Earth, et à la tournée qui suit, Mamani a un peu tourné en rond. Mais sa motivation n’est pas altérée, bien au contraire. « Certaines personnes me disent, “Mamani, il faut continuer à chanter parce que tu nous fais du bien”. A tel point qu’une fois j’ai dit à ma fille : “tu vois, ta mère est devenue un vrai médecin de la chanson !” ».
 

 

 

 

 

- Gagner l'Argent Français, Mamani Keita (No Format)

 

 

 

 

Bertrand Bouard

 

 

 


19/05/2011
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