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Les truculences de "Rome", le nouvel album de Danger Mouse & Daniele Luppi

12/05/2011

Le producteur Danger Mouse, aka Brian Burton, et le compositeur italien Daniele Luppi ont consacré cinq ans à la réalisation de Rome. Enregistré en analogique dans les studios fondés à Rome par Ennio Morricone, ce monument pop exalte des saveurs vintage. Né de la passion du duo pour les B.O. de westerns spaghetti, dont il revisite les codes, Rome unit Jack White et Norah Jones à des artistes mythiques : la soprano Edda Dell'Orso, la voix de Il était une fois dans l'Ouest, ouvre le bal.



Quelles étaient vos motivations en commençant Rome ?


Danger Mouse
: Au départ, on voulait simplement faire un album qui fonctionne comme une mixture  concentrée de nos influences héritées des vieux films et des westerns des années 60 et 70. On avait envie de faire une musique de bande originale, en utilisant par exemple des musiciens de l'époque d'Ennio Morricone. Puis, l'idée nous est venue de faire quelque chose de différent, avec des chanteurs modernes.
 


Avez-vous eu des influences visuelles ?

 

Daniele Luppi : Oui, en permanence...

Danger Mouse : Je pense que la musique que nous faisons ensemble est toujours très visuelle. Rome est probablement un disque plus visuel que les autres, mais ce n'est pas non plus une bande originale de film... C'est drôle, parce qu'avec ce disque, on s'est beaucoup investi, on était très inspiré, mais on ne pouvait pas décider de faire quelque chose de visuel ! C'est seulement une sorte de photo de nos propres idées. Dans le rap, par exemple, c'est exactement le contraire, on a tendance à livrer une photo de quelqu'un en train de chanter, alors que l'imagination apporte bien davantage. Les musiciens avec lesquels on a enregistré ont été très importants sur ce plan.
 


Comment avez-vous convaincu les musiciens du Marc 4 Orchestra de participer au projet ?



Daniele Luppi
: Non seulement ils étaient tous retirés du circuit depuis longtemps, mais ils ne savaient pas grand-chose de ce que nous faisions. Ces musiciens ont fait des carrières remarquables, ils étaient très reconnus et apparaissent sur toutes ces B.O. incroyables... J'imagine qu'ils ont compris que nous les respections beaucoup, et que nous étions très sérieux à propos du son que nous souhaitions. Ensuite, ils ne s'étaient pas croisés parfois depuis des décennies, et je crois qu'ils ont été très heureux de jouer à nouveau ensemble, c'était un moment très cool pour eux !

Danger Mouse : Tout, dans ce projet, est venu servir autre chose que le simple fait d'obtenir un son évoquant des atmosphères qui nous sont chères... Nous n'avions absolument pas en tête de faire une sorte de Buena Vista Social Club ! Faire jouer ces types ensemble et les enregistrer, c'était musicalement bourré de sens pour nous, au-delà du fait qu'il s'agissait de musiciens mythiques.

 

 

 

 

 Two against one de l'album Rome, interprété par Norah Jones et Jack White

 

 



Comment se sont déroulées vos collaborations avec Jack White et Norah Jones ?



Danger Mouse : J'adore la façon dont les choses se sont passées avec eux. Je savais qu'ils feraient de fantastiques chanteurs et qu'ils formeraient un tout. L'un chantant de la manière dont il en avait envie, l'autre étant tour à tour un peu plus agressif ou plus vulnérable... Je trouve qu'ils se sont très bien complétés, sans avoir nécessairement eu conscience de certaines choses sur le moment ! Jack ne savait pas toujours où interviendrait Norah et, quand Norah chantait sa partie, qui avait été écrite pour elle avant celle de Jack, ce n'était donc pas en réaction... Ils se sont intégrés à l'album d'une manière qui n'avait pas été prévue sur le papier. On ne se doutait pas que ça puisse fonctionner à ce point !


 

Jack White n'était pas prévu sur le disque...

 


Daniele Luppi :
On voulait un homme et une femme, mais il n'était pas écrit non plus que Norah apparaisse...


Danger Mouse : On savait précisément ce que l'on attendait sur le plan vocal, mais on n'a été fixé qu'assez tard. D'ailleurs, je ne connaissais même pas Jack White en 2005 !

 


Durant ces cinq ans, est-ce que vos autres projets ont parfois influencé la direction artistique de Rome ?


Danger Mouse
: En fait, je crois que c'est exactement le contraire ! Rome a influencé la musique que je faisais au même moment. Pour ceux que ça intéresse, en écoutant quelques vieux trucs comme certains morceaux de The Good, The Bad and The Queen, (projet de Damon Albarn, avec notamment Tony Allen ou l’ex Clash Paul Simonon) ça saute aux oreilles ! Daniele a fait le même constat...


Daniele Luppi : Complètement ! On a commencé Rome, puis le projet a été mis de côté parce qu'il n'était pas terminé. Donc, à chaque fois que nous faisions autre chose, un peu de Rome s'y disséminait forcément... C'est un gros projet, mais rien n'était vraiment planifié. Il se trouve juste que nous avions ces influences en nous et qu'à un moment, elles se sont manifestées.
 

 

 

 

Danger Mouse & Daniele Luppi, Rome (/EMI). Sortie prévue le 16 mai 2011.

 

 

 

Emmanuelle Piganiol


12/05/2011
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