Festival du Cinéma Brésilien : carnaval pour salles obscures
09/05/2011
Loin des clichés autour du football et des telenovelas, la 13e édition du Festival du Cinéma Brésilien de Paris met à l’affiche un cinéma engagé, ouvert sur les contre-cultures et les problèmes sociaux.
Cette année, le festival célèbre le centenaire de la naissance de l’immense Jorge Amado, écrivain engagé et populaire disparu en 2001. Chantre de l’identité brésilienne, cet auteur humaniste, écrivait son amour pour le peuple. Il puisait son inspiration parmi les petites gens, dans les communautés noires et mulâtres de Bahia comme dans Jubiabá, l’un de ses plus grands succès. Dans le cadre de cet hommage, le festival présente cinq adaptations cinématographiques des œuvres d’Amado, signées par de grands réalisateurs. Elles sont à l’image et aux senteurs du Nordeste brésilien : tropicales, vibrantes et colorées. Il ne faut pas manquer Jorjamado au cinéma (1977) un documentaire touchant signé Glauber Rocha, grand représentant du cinéma politique brésilien. Il y filme son ami dans sa vie de tous les jours, auprès des siens, dans l’intimité, au cinéma ou dans des librairies.
Jorge Amado et Glauber Rocha
Une rétrospective est également consacrée à Nelson Pereira dos Santos, l’un des fondateurs du cinéma novo (la nouvelle vague brésilienne). Il est invité et sera présent au festival jusqu’au 11 mai. Sept œuvres majeures du réalisateur pauliste sont proposées, dont Mémoires de Prison, un drame biographique retraçant les dix mois d’incarcération de l’écrivain Graciliano Ramos, Grand Prix de la Critique Internationale du Festival de Cannes 1984.
Carlos Vereza jouant l’écrivain Graciliano Ramos dans Mémoires de Prison, de Nelson Pereira dos Santos, 1983
Une dizaine de documentaires, aux thématiques sociales, musicales et religieuses, est présentée, dont, en avant première mondiale, UPPs. Ce documentaire réalisé par de jeunes cinéastes se présente en quatre volets. Il témoigne du travail des nouvelles unités de polices dans les favelas cariocas, « pacifiées » récemment, après une longue guerre contre les trafiquants.
Bande-annonce : Upps, 2010. Documentaire en 5 volets consacré à l'action de l'Unité de Police Pacificatrice dans les favelas cariocas
La soirée de clôture a lieu le 17 mai et propose la projection d’Une Nuit en 67, un documentaire échevelé sur le phénomène des « festivals télévisuels ». Ces émissions, très populaires dans les années 1960, sortes de mélange entre « Salut les copains » et une finale de foot, permettaient à de jeunes artistes de la vague yéyé de venir se produire à la télévision. Les musiciens pouvaient sortir avec les honneurs, ou abattus par les moqueries d’un public acerbe, qui ne se gênait pas pour détruire littéralement certains artistes. Un soir de 1967, une nouvelle génération s’est retrouvée devant les caméras : Caetano Veloso, Gilberto Gil et Os Mutantes ont complètement retourné le plateau. Cette émission témoigne de la naissance du tropicalisme, vague psyché libertaire qui a secoué le Brésil à la fin des années 1960.
Bande annonce : Une nuit en 67, un film Renato Terra et Ricardo Calil, 2010
Fort de ce riche programme cinématographique, le festival propose également un voyage onirique au cœur du sertão, zone semi-aride du Nordeste, grâce à une exposition des œuvres du photographe brésilien Pedro David. A cela s’ajoute la soirée de lancement du livre « L’odyssée du cinéma brésilien, de l’Atlantide à la Cité de Dieu » de Laurent Desbois, chercheur à l’université Paris-X.
Augustin Bondoux
13eme Festival du Cinéma Brésilien de Paris. Jusqu'au 17 mai, au cinéma Le nouveau Latina, 20 rue du temple Paris 4e.