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Théâtre de la Ville : « Les artistes afghans n'ont jamais cessé de créer »

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AFGHANISTAN POESIE THEATRE DE LA VILLE DE PARIS

Théâtre de la Ville : « Les artistes afghans n'ont jamais cessé de créer »

05/05/2011

Scandales de corruption qui entachent la présidence d'Hamid Karzai, trafics de drogue, mort de Ben Laden, ... L'Afghanistan est l'un des pays dont le nom revient le plus souvent dans les pages "Actualité internationale" de nos quotidiens. Le Théâtre de la Ville tente de pousser le pays vers les pages "Culture" en lui dédiant une journée spéciale. Son programmateur a tenté de réunir tous les domaines dans lequel les Afghans brillent : la musique, bien sûr, mais aussi la gastronomie et la poésie.


La journée s'ouvrira dès onze heures avec un Salon de Musique animé par Guéda Mohammad (dotâr, un luth à long manche), Door Mohammad Keshmi (ghijak, une sorte de violon arrondi) et Hedayatollah (setar, un autre luth à long manche). La musique se poursuivra en fin d'après-midi avec un concert d'Homayoun Sakhi, un virtuose du rûbab, habitué du Théâtre de la Ville, récemment aperçu aux côtés du Kronos Quartet.

 

 
(Vidéo : Homayoun Sakhi au Théâtre de la Ville)

 

Entre temps, les spectateurs auront pu déguster les spécialités gastronomiques servies au bar oriental installé pour l'occasion dans le foyer du public, assister à la projection de documentaires, pour certains sélectionnés par l’Initiative Aga Khan pour la musique, mais surtout - clou de la journée - assister à une lecture exceptionnelle de poésie.


La lecture se fera à deux voix. La première sera celle d'un romancier distingué par ses pairs : Atiq Rahimi a en effet reçu le Prix Goncourt en 2008 pour Syngué sabour, pierre de patience. La seconde sera celle de Leili Anvar, qui a choisi les poèmes et qui a accepté de nous en parler ...
 

Pourquoi avoir choisi spécifiquement des poèmes de femmes afghanes ? La poésie est-elle dédaignée des hommes en Afghanistan ?


Leili Anvar : Non, la poésie n'est jamais dédaignée en Afghanistan, bien au contraire. En revanche, la voix des femmes, elle, est trop dédaignée depuis longtemps. On parle beaucoup moins de la littérature féminine que de la littérature produite par les hommes. Comme si on voulait les maintenir sous un voile. Or, je trouve les poèmes de ces femmes d'une grande force et d'une grande beauté et j'ai donc voulu faire entendre leur voix, retirer le voile.

 


Vous êtes une experte reconnue de la littérature persane. Ce goût pour la poésie, visiblement particulièrement vif en Afghanistan, est-il partagé dans toute l’aire culturelle persane, de l’Iran au Pakistan ?
 


Leili Anvar : Oui, absolument. La langue persane a émergé, il y a plus de mille ans, et s'est développée avec la poésie. La culture persane dans son ensemble tient en très haute estime la littérature et la poésie en particulier. Les gens, même les plus humbles, parfois même illettrés, connaissent par coeur de nombreux vers de poésie. Les poèmes classiques ou populaires sont déclamés, chantés, célébrés dans toutes les couches de la société. En Iran, de nombreux tombeaux de poètes sont devenus littéralement des lieux de pèlerinage.

 

En Afghanistan, la littérature et la musique ont-elles aujourd’hui retrouvé la place qui était la leur avant l’intervention de l’Union Soviétique puis des Talibans ?
 


Leili Anvar : Même quand ils étaient condamnés à la clandestinité, les artistes n'ont pas cessé d'exercer leur art. Mais bien sûr, sur tous les plans, pas seulement sur le plan artistique, il faut du temps pour que les déchirures profondes provoquées par la guerre et la  répression cicatrisent. Surtout dans un monde qui a perdu ses repères traditionnels.




Vous lirez ces poèmes en compagnie d'Atiq Rahimi. Que partagez-vous avec lui ?

 


Leili Anvar : Une passion commune pour la littérature persane. Ce qui ne nous empêche pas d'avoir des débats parfois très vifs sur la nature même de cette poésie! J'ai, pour ma part, une grande admiration pour son toute œuvre et une tendresse plus particulière, je dois dire, pour son oeuvre en persan. Son regard sur le monde, son traitement de la douleur, sa manière de déchirer la langue tout en la fécondant m'émeuvent beaucoup.
 

 

 

(Vidéo : un extrait du documentaire Rêve de lumière)

 

 

Propos recueillis par François Mauger

 


05/05/2011
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