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Petit tour d'horizon de la représentation de la tête de mort dans l'art

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MORT EXPOSITION VAUDOU HAITIEN SYMBOLE

Petit tour d'horizon de la représentation de la tête de mort dans l'art

28/04/2011

En 2010, le musée Maillol, à Paris, abordait la question de la mort avec l’exposition C’est la vie, Vanités de Caravage à Damien Hirst, une mise en perspective des représentations de la mort à travers l’histoire de l’art. Les Vanités, ces natures mortes mettant en scène le triomphe de la mort sur la fugacité des activités humaines, figuraient parmi des oeuvres plus contemporaines. Source d’inspiration inépuisable, le culte des crânes semble avoir traversé les âges jusqu’à un étrange processus de désacralisation, dans un monde qui met par ailleurs tout en oeuvre pour contrer l’inexorable.

 

 

 

George Braque, L'Atelier au crâne, 1938

 


Le culte des morts est intimement lié à celui des crânes, toutes cultures confondues. Abritant l’âme et la conscience, cette partie privilégiée du corps incarne la disparition physique plus que tout autre élément du squelette. Elle figure dans les Vanités comme dans les Memento Mori (littéralement « Souviens- toi que tu vas mourir »), genre artistique qui englobe toutes les formes de création. En 1602, Caravage peint un crâne dans la main de Saint-François, année où le Hamlet de Shakespeare apporte une contribution non négligeable au phénomène. Au Mexique, on trouve encore aujourd’hui des manifestations artistiques des Memento Mori à l’occasion de la fête des morts.

 

 

 Le Caravage, Saint-François en méditation, vers 1602

 


Si des crânes ornent les uniformes de certaines armées dans l’Europe du XVe siècle, les pirates s’en emparent plus tard en les croisant de deux tibias, annonçant la couleur avant de semer la terreur. Le crâne devient dissident, épouse la rébellion. Au début du siècle dernier, cette version (d’ailleurs associée au maître des morts dans le vaudou haïtien) est désignée comme le symbole universel du poison et du danger. Le mouvement des Hells Angels s’accapare ensuite l’emblème, sans tibias, dans les années 50. Ces pirates modernes lui confèrent son aura subversive, et rien ne laisse présager que la tête de mort envahira un jour les vitrines du prêt-à-porter, objet de consommation dépouillé de son sens morbide et sacré.

 

 

 Andy Wharrol, Skull, 1976

 


Artistiquement, elle devient après-guerre une véritable figure de style et se mange à toutes les sauces. Elle s’immisce dans les oeuvres de Picasso, Dali ou Andy Warhol, qui en fait une sérigraphie dans les années 70. La critique de la société de consommation fait alors jouer au crâne un nouveau rôle iconographique, permettant de dénoncer les excès d’un système. S’il est essentiel à Jean-Michel Basquiat dans les années 80, Annette Messager, Niki de Saint Phalle ou Damien Hirst (qui fut embaumeur) y vont ensuite de leur interprétation, ce dernier chatouillant l’opinion en 2007 avec For the Love of God, une réplique du crâne d’un homme disparu au XVIIIe siècle, sertie de diamants et estimée à 100 millions de dollars.

 

 

 

Damien Hirst, For the Love of God, 2007

 

 


Symbole tout trouvé pour les interventions efficaces des artistes urbains, la tête de mort vit aussi sous les bombes du graffiti. Dans les années 80, une fascination quasi gothique pour les catacombes et leur accumulation de sépultures oubliées inspire le graffeur Psyckoze, qui entretient avec les lieux une relation intime, immortalisée par le film du photographe Henry Chalfant, Dead Space.
 

 

Piraterie urbaine, le graffiti se paye souvent la tête de mort avec un humour noir, mais elle accompagne surtout la satire et la contestation. Comme chez Basquiat, le capitalisme écrasant, la guerre, les dictatures ou les démocraties titubantes sont suggérés par une tête de mort. Refus de l’ordre établi, ce code a l’avantage d’être immédiatement compris de tous et fonctionne sur les murs du monde entier. Coloré, fleuri ou accessoirisé, quelle que soit la mise en scène de l’artiste, il n’effraye plus, mais interpelle.

 

 

 

 Jean-Michel Basquiat, Untitled (Fallen Angels), 1981

 

 

Tous les styles sont permis : si l’Espagnol Jesus Diaz de Vivar réinterprète ses classiques avec des Vanity Case qui menacent de mort la cupidité du pouvoir, le Français Ugly Kid Bole joue avec un squelette déglingué, un brin désespéré. Dans une veine incroyablement élégante, le graphiste israélien Noma Bar, collaborateur génial du Guardian et du New York Times, utilise régulièrement ce thème dans ses rébus iconiques aux faces cachées, pleines d’humour. Si elle est rarement anodine, la tête de mort ne nous fait plus peur. Point de rencontre ultime entre le macabre et le futile, elle est même devenue rentable, le commerce demeurant une arme redoutable contre le temps qui passe.

 

 

 

 Illustration : Jesus Diaz de Vivar

 

 

 

Emmanuelle Piganiol

 

 

 

 

 

 

Et aussi sur le web :

- Le site de Jesus Diaz de Vivar

- Le site de Ugly Kid Bole

- Le site de Noma Bar


28/04/2011
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