De Comme un boomerang par Mayra Andrade à Comme d'habitude par Cheikh Lo, retour sur "Yéké Yéké" la création 2011 du Printemps de Bourges. Une création à double sens, qui confiait des tubes français vintage à de grandes voix africaines et des chansons populaires africaines à des artistes français...
Cheikh Lo
Superbe dans son boubou blanc, c'est sur Pars, de Jacques Higelin, que Mory Kanté ouvrait le bal... Le « papa » de l'équipe, comme l'appelaient les guitaristes Seb Martel et Nicolas Repac, metteurs en scène et en sons d'un groupe réunissant Lansiné Kouyaté (balafon), Aly Wagué (flûte), Johann Berby (basse) et Patrick Goaguer (batterie, percus). Rythmique de choix pour soutenir Mamani Keïta (Andy, dis moi oui), Victor Démé (Aline) ou encore Vieux Farka Touré (Comme un avion sans ailes), avec ce point de départ inattendu, un peu improbable, de confier des tubes de chanson française, souvent kitsch, à une kyrielle d'interprètes africains. Dans le sens inverse, Piers Faccini reprenait très joliment en acoustique Santa Marya, de Boubacar Traoré.
Seb Martel, Mory Kanté & Mayra Andrade
« La plupart de ces morceaux sont inconnus en Afrique, où l'on entend plutôt Jean-Jacques Goldman et Francis Cabrel », s'amusait Vieux Farka Touré... « Le but pour chaque artiste était de chanter quelque chose de nouveau, jamais interprété auparavant ». Seb Martel, le chef d'orchestre de cette bande réunie par le Printemps de Bourges et la Sacem, a quant à lui vécu au Sénégal à l'adolescence puis découvert la musique mandingue avec Piers Faccini, « quand je squattais son appart' à Londres », avant de côtoyer au fil de sa carrière Salif Keïta etFemi Kuti... « Au final tout s'est fait de manière spontanée, sur le tard, on n'avait pas forcément envie d'écrire, ne sachant pas comment les interprètes allaient réagir. Il fallait partir sur quelque chose d'un peu vague ».
Mayra Andrade & Yael Naïm
Symbole de cette création à double sens, baignée dans la culture francophone depuis l'enfance, Mayra Andrade reprenait aux côtés de Yaël NaïmPetit Pays, de son aînée Cesaria Evora, et se montrait impériale sur Comme un boomerang, de Gainsbourg, elle qui avait déjà repris La Javanaise sur son album live. « Une très belle mélodie et un texte magnifique, que nous avons adaptée sur une bachata, un rythme dominicain », notait la chanteuse au sujet du titre le plus convaincant du set, avant le tutti final Yéké Yéké. Pour le reste, on retiendra un résultat souvent fragile et inabouti, un peu emprunté, au goût d'inachevé après quelques jours de répétition seulement... Un peu à l'image de l'histoire d'amour vache et violente qui lie la France à l'Afrique. Mais une belle intention et une belle équipe, une ambiance bon enfant, « des retours enthousiastes », dixit Seb Martel, « et sans doute des rendez-vous à venir ». Work in progress.