A lui seul, Majid Bekkas incarne une sorte de printemps gnawa ! C'est bien simple, avec son guembri, il est partout : sur le label allemand Act pour Chalaba, chez les Hollandais d'Hippo Records avec African Jazz N'Bar, sur le label belge Igloo Mondo avec Makenba et chez les Français de Bee Jazz pour Mabrouk.
Quatre disques en quelques mois ! De prime abord, ce genre de performance inquiète. Mais, en multipliant les partenaires de jeu, Majid est parvenu à donner une vraie personnalité à chaque projet. Portrait en forme de puzzle d'un artiste insatiable qui a reçu le prix Al Farabi, l'une des plus importantes récompenses de l'espace culturel arabophone, fin décembre 2010 ...
Pour Mabrouk, le musicien marocain s'est associé au percussioniste Khalid Kouhen, un complice de longue date, et au joueur de kora Ablaye Cissoko. Le griot sénégalais a su modifier l'accordage de son instrument pour l'adapter aux gammes du Maghreb. En résulte une belle rencontre où le nord et le sud du Sahara se réconcilient.
Plus au sud encore, Majid Bekkas, qui veille sur le festival "Jazz au Chellah" à Rabat et, à ce titre, croise des musiciens du monde entier, a rencontré le trompettiste congolais Ya Tatchi. Le fruit de leur collaboration, African Jazz N'Bar, est malheureusement l'épisode le moins convaincant de la série. Les thèmes d'inspiration gnawa sont plaisants mais, lorsqu'ils s'en écartent, les deux musiciens tombent dans le piège d'un jazz international sans âge et sans âme, comme deux étrangers qui, ne partageant pas de langue, s'exprimeraient dans un anglais qu'ils maîtrisent mal.
Par chance, Chalaba fait vite oublier cette baisse de forme. Pour la troisième fois, après Kalimba et Out of the desert, Majid a enregistré avec le pianiste allemand Joachim Kühn et le batteur espagnol Ramon Lopez. La profondeur de leur amitié s'entend. L'enregistrement est quasiment parfait : les frêles notes du piano sautillent gaiment sur les lignes de basse élastiques du guembri.
(Vidéo : "Sandiye" de Joachim Kühn, Majid Bekkas & Ramon Lopez, un titre extrait d'un album précédent, capté en 2008 au festival Jazz à Porquerolles)
Enfin, Makenba, permet à Majid Bekkas un retour vers les terres d'où viennent les musicothérapies des gnawas. Le Marocain y dialogue en effet avecle balafoniste Aly Keïta. Autour d'eux, les percussions à fleur de peau de l'Argentin de Paris Minino Garay, font danser les notes d'un autre invité de taille : le clarinettiste Louis Sclavis. Un album bienveillant et chaleureux ...
(Vidéo : le trio Majid Bekkas, Aly Keïta & Minino Garay)
Il se murmure également qu'un autre enregistrement, réalisé en compagnie du guitariste allemand Uwe Kropinski et du flûtiste Michael Heupel, pourrait nous parvenir bientôt. En attendant, il faudrait peut-être penser à laisser un peu de place à la concurrence, monsieur Bekkas !