Même lorsqu’on ne programme pas d’arts du cirque, monter un festival est aujourd’hui un métier d’équilibriste. Il faut savoir placer à un bout du balancier valeurs sures qui attireront le public et à l’autre découvertes qui le fidéliseront. Il faut savoir jongler entre recettes de billetterie, qui couvriront les plus grosses dépenses, et subventions, qui paieront les maigres salaires le reste de l’année. La moindre perte d’équilibre entraîne la chute …
C’est ce qui est en train d’arriver au Festival Jazz Nomades. Sa principale manifestation, « La voix est libre », qui se tient aux Bouffes du Nord, à Paris, n’est pas encore à terre mais elle ne tient plus qu’à un fil. C’est une subvention somme toute raisonnable qui lui fait défaut : un soutien de 12 000 euros, accordé depuis 2003 par l’Adami. La défection de cette société collective qui s’occupe de l’Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes lui a été annoncée moins de deux mois avant la première date, alors que les billets de train et d’avion ont été achetés et que l’équipe s’est déjà étoffée.
Rien n’est encore perdu. Les programmateurs nous font même rêver avec de nouvelles créations. Ils annoncent pour le 24 mai une soirée d’hommage au regretté Edouard Glissant, mené tambour battant par Bernard Lubat, le beatboxer L.O.S., le trompettiste et poète Jacques Coursil, le slammeur Dgiz, le saxophoniste Raphaël Quenehen et plusieurs danseurs. Une soirée d'autant plus chère au coeur des organisateurs que, lors d'une précédente édition, Glissant avait répondu à l'invitation du festival et était monté sur scène pour expliquer au public ses concepts d'"archipel" ou de "créolisation" ...
(Vidéo : Edouard Glissant sur la scène de "La Voix Est Libre")
Le programme des soirées suivantes s'avère tout aussi mirifique, avec des improvisations de musiciens (Joëlle Léandre, Pascal Contet, eRikm & Natacha Muslera (en photo), ...), des interventions de comédiens (Denis Lavant, Natacha Muslera, Cecile Duval, ...), des bricolages poétiques (Alain Mahé, Hélène Sage, Wilfried Wendling, ...), des jongleries (Thomas Guérineau), des danses (Marlène Rostaing, Sébastien Jacobs, Juan Benitez), ...
Pourvu que les partenaires du festival puissent permettre à cette vitrine de la création unique en son genre à Paris de nous étonner à nouveau !