L’Orchestre Poly-Rythmo vient du Bénin et il tient à le faire savoir. Il a donc fait figurer en bonne place sur la pochette de son très attendu nouvel album le principal produit d’exportation du pays : le vaudou. Parce qu’avant d’être la religion syncrétique de la première République noire, Haïti, le vaudou est l’expression des croyances des peuples du golfe du Bénin. Une expression bien plus subtile, d'ailleurs, que les stéréotypes à base de bougies et de poupées qu’on transperce d’aiguille ne le laissent penser. Curieusement, c'est la Fondation Cartier pour l'art contemporain qui s'emploie aujourd'hui à nous en faire découvrir la richesse...
Le parcours de l'exposition, tout simplement intitulée « Vaudou », a été conçu par le designer italien Enzo Mari. Tout d’abord, le visiteur découvre les bocios - ces statuettes de forme humaine, que l’on désigne souvent en occident par des appellations péjoratives comme, « fétiches », ou « gris-gris » - que les adeptes du vaudou placent à l’extérieur. Taillés dans le bois, solidement ancrés dans le sol, ils protègent les maisons, les villages ou les champs des mauvais esprits.
Statuettes doubles : les liens serviraient à affaiblir l'adversaire
Puis le visiteur descend dans une salle sombre, à l'atmosphère lourde. Là, les bocios sont ceux de l’intérieur des maisons. Secrets, ils évoquent le mystère, les sorts, bon ou mauvais, la vie et la mort. Ils résultent pour la plupart d’un assemblage d’ossements, de cordes, de coquillages et de tissus, et sont recouverts de terre, d’huile de palme ou de sang. Ayant été utilisés au cours de rites vaudou, ces objets, énigmatiques, interpellent et, dans une certaine mesure, effraient. Associés à des paroles magiques scellées par des taquets enfoncés dans certaines parties du corps, ces bocios peuvent être protecteurs, donner le souffle de la vie et contrer le mauvais sort. Inversement, ils peuvent être maléfiques et assurer la mort, la folie ou la maladie…
Vaudou cadenas : le déséquilibre de la statuette s'empare de l'esprit ennemi
qui risque de sombrer dans la folie
Pour finir, une dernière salle diffuse des documentaires sur le vaudou béninois et présente des photos et carnets de voyages de Jacques Kerchache. La majeure partie des œuvres présentées sont issues de la collection personnelle de ce célèbre spécialiste des arts primitifs, disparu il y a 10 ans.
Ce personnage féminin est certainement lié à la maternité et à la fertilité
Jacques Kerchache écrivait en 1988 « Un objet, en Afrique, est aussi mouvant que le verbe et les sculptures africaines sont le support de la parole ». Le vaudou est une religion, mais aussi une tradition philosophique qui repose sur une tradition profonde de l'existence. La vie, comme la parole ou le sortilège, est un souffle, ces statuettes ont pour but de le retenir. Elles témoignent d’un trait de caractère universel chez l’homme, qui cherche partout à maîtriser ce qui le dépasse, face au Golfe du Bénin comme sur les bords de la Seine.