Un journaliste du Guardian, David McCandless, s’est spécialisé dans le "data journalism", autrement dit « journalisme de données ». Sur son site « Information is Beautiful », il met en scène une foule de données, dont un graphique sur la signification des couleurs dans les cultures du monde. À propos de la mort, « Colors in Cultures » révèle un contraste prédominant entre le noir et le blanc, malgré une touche de bleu ciel dans les cérémonies musulmanes et de vert chez les Sud-Américains.
Information is Beautiful, David McCandless
Non seulement les couleurs n’ont pas de signification universelle, mais les deux « non-couleurs » ne revêtent pas toujours le même sens. Depuis le XVIe siècle, après un Moyen-Âge aux tenues de deuil chatoyantes, le christianisme et la plupart des cultures européennes ont uniformément associé à la mort une couleur sombre, allant du gris au brun foncé, puis au noir, le popularisant souvent au gré des colonisations. Le noir rime ici avec « Au-delà », il incarne l’obscurité souterraine.
En Inde, au Vietnam, en Corée du Sud, en Chine et la plupart du temps en Afrique, le blanc représente au contraire la lumière céleste, l’immaculé vers lequel on s’élève, mais aussi la pâleur du défunt. En Afrique du Nord ou en Égypte, le noir étant le symbole de la maternité, le blanc est également de rigueur. Si les funérailles japonaises mélangent les deux, les Haïtiens arborent le blanc, le noir (signe de respect), ou le violet, couleur liturgique du deuil avec le rouge et le vert. Des touches de rouge sur les tombes chinoises viennent ponctuer cette palette. Entre le degré zéro de la couleur et ce noir qui aurait avalé l’arc-en-ciel, les codes chromatiques liés à la mort semblent donc obéir à un subtil jeu de nuances, aussi complexe que la diversité des croyances.