Calvin Russell était texan jusqu’au bout des santiags. Et aussi un peu français. Mais pas jusqu’au bout de la baguette. La France avait découvert ce rocker très bluesy (pour ne pas dire ce bluesman très rauque) à la fin des années 80, grâce au producteur Patrick Mathé, fondateur du label New Rose et grand contrebandier de disques, qui ne s’est jamais soucié des frontières entre punk, blues et rock et nous a fait découvrir les Saints, le Gun Club, les Cramps ou encore Johnny Thunder.
A l’époque, Calvin Russell avait déjà 40 ans et une éternité de galères derrière lui. Comme ses huit frères et sœurs, il avait grandi dans l’arrière-salle du Sho Nuff Café, à Austin, où son père était cuisinier et sa mère serveuse. A quinze ans, il s’était enfui en direction de San Francisco et s’était mis à vagabonder, vivant plus souvent de petits trafics que de sa musique et tâtant à plusieurs reprises de la prison, autant aux Etats-Unis qu’au Mexique.
(Vidéo : "Behind the 8 ball", un classique du début des années 90 interprété en 2009 à Issy Les Moulineaux)
C’est donc d’une sorte de cow-boy urbain, doublé d’un poète maudit, que la France est tombée amoureuse il y a vingt ans. De leur union est née une poignée d'albums blues rocksévèrement burinés ("Sounds From The Fourth World" en 1991, "Soldier" (produit par Jim Dickinson) en 1992, "Calvin Russell" en 1996 et la compilation retrospective "This Is My Life" en 1997) et des concerts par centaines (près de 200 concerts par an en Europe au plus fort des années 90).
De nouveaux démêlés avec la justice et des problèmes de santé avaient brisé cette idylle. La France était passée à autre chose. Ses disques récents, comme "Dawg Eat Dawg", publié en 2009, étaient passés inaperçus. Calvin ayant passé l'arme à gauche dimanche à Austin, il ne nous reste plus qu’à les écouter pour le ressusciter ...