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Malicorne : il était une fois le folk français

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Malicorne : il était une fois le folk français

31/03/2011

De 1973 au début des années 80, Malicorne a été un véritable phénomène : ce groupe de folk à la française enchaînait les disques d'or. Les chansons traditionnelles qu'il paraît d'arrangements virtuoses, joués sur des épinette des Vosges, des cromornes, des mélodéons et autres vielles à roue, rivalisaient avec celles de Jacques Higelin ou de Nino Ferrer.     


A l'apogée de son succès, le groupe s'est séparé. Chacun des musiciens - et notamment le chanteur Gabriel Yacoubet l'arrangeur Hughes de Courson - est parti mener de nouvelles aventures musicales dans son coin.


Trente ans plus tard, les Francofolies de la Rochelle, qui consacraient une soirée spéciale à Gabriel Yacoub, lui ont suggéré de réunir les membres de Malicorne. Etonnés mais vite séduits par l'idée, les musiciens se sont réunis et ont donné un concert exceptionnel à La Rochelle le 15 juillet 2010, dans un Grand Théâtre de la Coursive bondé. Sa captation vient de sortir en DVD. On en profite pour revenir avec Gabriel Yacoub sur une histoire sans fin ...

 

Ces dernières années, on a beaucoup parlé de "folk" à propos d'artistes aussi divers que Charlie Winston, Asa ou Moriarty. Leur principal point commun est d'oser chanter sur des arrangements très épurés. Est-ce votre définition du folk ? Etait-ce ce que vous mettiez en pratique pendant les années Malicorne ?
 


Gabriel Yacoub : Pas du tout ! La presse aime bien user d’étiquettes qui frappent les esprits et font gagner du temps. Ces étiquettes sont par la force des choses toujours réductrices. Dans la salle d’attente de mon dentiste, un magazine féminin avait pris comme sujet « la mode folk » et montrait de jeunes et jolies femmes affublées de robes à fleurs, de sandales et de bandanas, sans mentionner les bijoux ethniques…


Je suppose qu’on entend par « folk », non seulement des arrangements épurés, mais des mélodies évoquant les ballades, utilisant souvent le mode mineur contrairement à la pop ou au rock’n’roll, presque toujours en majeur. Je pense qu’à l’évidence, c’est aussi le fait que les artistes concernés utilisent plus que d’autres les instruments acoustiques.


Non, Malicorne avait l’ambition de se faire plaisir en « mettant en scène », en interprétant un répertoire que nous chérissions, entre chansons traditionnelles, musique baroque ou médiévale, blues « à la française ». Nous utilisions les instruments que nous aimions et ceux qui attiraient notre curiosité, de la vielle à roue à la guitare acoustique et électrique, du psaltérion aux synthés, les premiers apparus sur le marché (un journaliste prétend qu’on a pu entendre le premier synthétiseur monophonique en France sur un album de Malicorne). Tout ceci sans restriction d’organologie, d’historiographie ou de respect d’une quelconque tradition.

 

 

 

(extrait du DVD "Concert exceptionnel aux Francofolies de La Rochelle")

 


On note d'ailleurs que les jeunes parlent aujourd'hui de "la" folk, probablement parce que le mot renvoie pour eux à "la musique folk". Dans les années 70, folk se concevait plutôt au masculin. Etait-ce parce que vous associiez le mot à « peuple », sa traduction en français ?



Gabriel Yacoub : Nous assumions l’étiquette « folk » faute de n’avoir rien trouvé de mieux. Le mot anglais « folklore » (savoir ou science du peuple) avait acquis, en Français, un sens péjoratif qui était loin de nous séduire. Le raccourci « folk » nous convenait mieux. « Arts et traditions populaires » n’était pas particulièrement sexy…


Quant à « la »  folk … , oui un raccourci pour « la musique folk ». Sinon folklore est je crois masculin.
 


Gabriel, au début des années 80, Malicorne s’est dissous et vous vous êtes lancé dans vos propres projets, moins proches des traditions françaises. Pourquoi vous en être éloigné ?
 


Gabriel Yacoub : Malicorne s’arrêta dans la plus grande sérénité et d’un accord commun. Nous avions l’impression d’avoir fait le tour de la question et dans la grande vanité, due à notre jeune âge, nous éprouvions la crainte de nous répéter, et contredire ainsi notre réputation de créativité. Chacun de nous avait des envies, ou des aspirations différentes.


Dans mon cas, j’avais, depuis longtemps, des velléités d’écriture. Je souhaitais exprimer des sentiments personnels, des émotions, que les chansons traditionnelles excluent totalement puisqu’elles utilisent (merveilleusement bien) la métaphore et les symboles à un point tel qu’il est extrêmement difficile de s’y identifier.


Par contre, ma passion pour ce répertoire est intacte et continuera à m’inspirer. Je constate être un des rares « chanteurs de variété » qui utilise des modes anciens, ou la vielle à roue autrement qu’un gadget.
 

 

 

(extrait du DVD "Concert exceptionnel aux Francofolies de La Rochelle")

 


Trente ans plus tard, quel est l’héritage de Malicorne ? Le groupe a-t-il eu des successeurs ?



Gabriel Yacoub : La réponse est difficile. Des successeurs directs, je ne le pense pas car les choses ont pris une toute autre tournure. Il n’y a pas, aujourd’hui, de jeunes groupes « vedettes ». Je pense que ceci s’explique par le manque de chanteurs et chanteuses. Par contre, il existe de nombreux excellents musiciens qui pratiquent, expérimentent, approfondissent les techniques instrumentales, font progresser la lutherie d’une façon impressionnante. Rien ne sera jamais plus comme avant et c’est très bien. Un réseau pédagogique s’est développé partout en France et a permis cette avancée. Reste à voir ce que ces jeunes artistes délivreront de leur savoir. On voit déjà depuis plusieurs années florilège de bals folk ou trad menés par de très bons groupes.


Le plus grand compliment qu’on ait pu faire à Malicorne émane de quelques amis musiciens virtuoses, éternellement créatifs (et bon gars en plus), qui eux, contrairement aux Parisiens de Malicorne, étaient nés et avait évolué dans les répertoires et la pratique ancestrale de ceux-ci. Ils avaient l’impression de tourner en rond, de se lasser car ils n’y voyaient pas d’évolution possible. Selon leurs dires, l’arrivée de Malicorne « leur a donné une grande claque » en leur faisant réaliser qu’on pouvait faire autre chose avec ces musiques et ces chansons.



Quel regard portez-vous sur la scène folk contemporaine ? Et sur la scène folk européenne ?
 


Gabriel Yacoub : Les Américains sont très créatifs ; ils ont depuis très longtemps assimilé leur héritage et ont fait perdurer la tradition. Dylan n’est pas bien loin de Woody Guthrie, la country music nashvilienne a réussi à mêler le son et les instruments traditionnels à la musique de variété, tout ceci sans rupture temporelle, alors qu’en Europe nous avons connu un grand vide, grosso modo entre la première guerre mondiale et la fin des années soixante. Les revivalistes, tels Malicorne et beaucoup d’autres artistes tentèrent d’imaginer d’une façon suggestive et propre à leur sensibilité ce qu’aurait été la musique traditionnelle d’ici si elle n’avait pas subi cette rupture. Il existe aujourd’hui de nombreuses régions d’Europe où le revival est très actif, porté par de nombreux artistes talentueux. Les Îles britanniques et la Bretagne furent les pionnières. Plus tard, les Flandres belges, la Scandinavie, l’Italie, le Centre France, et j’en oublie…


Ceci s’explique probablement par le fait que, dans ces pays, le regain d’intérêt pour les musiques traditionnelles s’est manifesté plus tard qu’en Angleterre dans les années 50, ou en France dans les années 60. On observera que ce mouvement intellectuel allait de pair avec des motivations politiques, communistes pour la première, et écolo-culturo-philosophique pour la seconde. Cette approche contredisait radicalement les mouvements de pensée qui avaient « préservé » cette culture jusqu’alors : le Pétinisme ou l’honneur national ( ?), les boy-scouts, ou les Nanamouskouris qui, bien évidemment, n’étaient plus – et de très loin – dans l’air du temps.


Cette culture est inspirante, intemporelle, et le restera. Vive le folklore !

 

 

 

(extrait du DVD "Concert exceptionnel aux Francofolies de La Rochelle")

 

 

Propos recueillis par François Mauger


31/03/2011
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