Avishaï Cohen : nouvel album du virtuose de la contrebasse
21/03/2011
Seven Seas, encore un titre au sens métaphorique ?
Avishaï Cohen : Avant tout, ce sont deux mots poétiques, dont l’association sonne. C’est aussi en référence au rythme 7/4 qui est la trame du thème qui a donné le titre à ce disque. Cela fait référence enfin aux sept mers qui étaient le principal lieu d’échange durant l’Antiquité et le Moyen Âge, une époque où les navires faisaient les liens commerciaux, culturels… La mer est un espace profond, avec de puissants courants, comme la musique. Il y a une idée de fluidité qui me plait bien.
Une allégorie de ta vie ?
Avishaï Cohen : Oui, en un certain sens. Je n’arrête pas de voyager à travers les mers et ma musique est constituée des sédiments de tous ces lieux que j’habite. Paris, Montréal, le Maroc… Je porte et transporte les traces de tout cela.
Et avant tout Israël, où tu es retourné après des années passées à New York...
Avishaï Cohen : New York était une étape extrêmement importante dans la construction de ma personnalité musicale. C’est le théâtre sonore d’un melting-pot, qui m’a permis de m’épanouir et de me stimuler. A vingt ans, je voulais devenir le meilleur contrebassiste et je suis allé à New York. Ok. J’ai tellement étudié que je suis parvenu à un niveau d’excellence. Bon et après ? Tout commence vraiment. Je ne suis pas investi dans la musique pour un titre de gloire, mais parce qu’elle me permet de raconter des parcelles de vérité, de s’en approcher bien mieux que la réalité.
Et c’est en retournant à Tel Aviv que « le meilleur contrebassiste de jazz » est devenu un chanteur mélodiste plus ancré dans sa tradition…
Avishaï Cohen : A New York, j’ai retrouvé ce sentiment de nostalgie qui est en moi depuis tout petit. Cet éloignement géographique était une étape nécessaire pour faire peu à peu remonter à la surface la nature de mon expression, mes racines israéliennes, méditerranéennes connectées à Stevie Wonder, Bach et Mingus. Le jazz et New York, de par leurs natures globales, ont permis de révéler ma singularité. Quand je suis rentré en Israël, j’ai en quelque sorte moissonné tout ce que j’avais semé en allant chercher au plus profond de mon âme, en creusant ma voix, au propre comme au figuré.
Et pour aller de l’avant, tu as éprouvé le besoin de te ressourcer...
Avishaï Cohen : L’originalité n’existe pas sans les origines. Pas de futur sans passé. Pour aller au-delà de moi, j’ai besoin de savoir d’où je viens. Nous ne créons pas à partir de rien, mais à partir d’influences qui peu à peu nous façonnent. Je travaille depuis longtemps pour savoir quel est mon héritage, quelles pièces composent mon puzzle sonore. J’en sais un peu plus chaque jour, mais toutes ces influences sont si vastes que je n’en perçois qu’une petite part. La mémoire émotionnelle est quelque chose de si sensible, un océan sans fin qui te connecte à ton enfance sans que tu puisses l’analyser.
Finalement, quand tu es sur le chemin de la musique, c’est une sorte de psychanalyse…
Avishaï Cohen : Ce pourrait bien être cela. Quand j’écris, des choses arrivent à mon insu, je sors de la réalité pour entrer dans les courants vertigineux de l’inconscient.