L'anecdote qui donne son titre au nouvel album des Ogres de Barback, "Comment je suis devenu voyageur", est trop belle pour être tue ...
L'un des chanteurs de cette fratrie (deux frères, deux soeurs et des dizaines d'instruments) a sous ses fenêtres un vaste parc. Un jour, un groupe d'oies sauvages s'y est arrêté. Choyées, protégées des chasseurs et des prédateurs, elles ont décidé de s'y installer, renonçant ainsi à leurs migrations. Nourri des vers de Richepin que chantait Brassens ("Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu’importe ! / Là-haut chante pour eux un mystère profond / À l’haleine du vent inconnu qui les porte / Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont"), le musicien a, lui, au contraire, décidé de larguer les amarres.
Alice, l'une des chanteuses du groupe, nous explique "comment ils sont devenus voyageurs" ...
(La vidéo qui annonce le nouvel album)
Mondomix : L'ambivalence de cette anecdote est réjouissante. Quelle morale en tirer ? Qu'il est plus sage de "rester là" ? Ou de "risquer de se tordre le cou" ? Et que dit, au fond, cette chanson sur les "gens du voyage" dont vous avez fait peindre les roulottes sur la pochette ?
Les Ogres de Barback : Cette chanson est plutôt à prendre dans le sens poétique. Elle critique le fait de s'embourgeoiser, de rester dans sa petite vie tranquille. De ne pas se soucier du reste du monde qui est loin et qu'on n'aurait pas envie de découvrir. En fait, cette chanson dit que les gens du voyage nous font plus rêver, dans leur soif de découverte et de voyage, que ceux qui ne sortent pas de chez eux parce qu'ils ont peur. C'est une image bien sûr, ce n'est pas du tout pour critiquer ceux qui ne sont pas "tziganes" car il y a plein de manières de voyager, du moment qu'on s'intéresse à l'autre.
Mondomix : Vous mêmes, vous tournez toujours autant ? Et toujours sous votre chapiteau ?
Les Ogres de Barback : Non, l'aventure chapiteau s'est terminée il y a quelques années. Maintenant nous jouons surtout dans des salles de concerts, ou des festivals.
(La vidéo qui annonce la nouvelle tournée du groupe)
Mondomix : Ce nouvel album lorgne vers le sud (l'Espagne et l'Algérie d'Akli D) et vers l'est. Ces ambiances sonores ont-elles été ramenées de voyages réels ou de rêveries musicales ?
Les Ogres de Barback : Nous n'avons jamais joué ni en Espagne ni en Algérie... ce sont plutôt des rencontres humaines, faites en France. Nous adorons toujours inviter des gens sur nos chansons qui amènent de nouvelles couleurs musicales.
Mondomix : Sur ce même album, on croise à deux reprises l'ombre moustachue de Georges Brassens. Est-il l'ancre qui vous rattache à la chanson française ? Ou le distillateur de l'encre qui vous permet de vous évader ?
Les Ogres de Barback : Pour nous, Brassens est un des pères de la chanson française, nous l'écoutions déjà tout petits, avant même de comprendre ce qu'il raconte. Mais après nous avons toujours écouté plein de musiques différentes et l'on pense que notre musique est inspirée de tout un tas de styles de musiques. Nous n'aimons pas les cloisons entre les genres, et on se permet de partir dans des directions qui peuvent parfois surprendre notre public (rock ou rap etc...)
Mondomix : Sur le livret, il faut trois lignes pour dresser la liste de tous les instruments dont vous jouez. Y en a-t-ils dont vous ne jouez pas encore mais que vous aimeriez ajouter à votre panoplie ?
Les Ogres de Barback : Oui, il y en a plein, évidement, peut-être maintenant plus dans la culture traditionnelle des pays que nous visitons, ou même de France. Mais notre camion commence a être rempli à ras bord donc on essaie de se limiter en ce moment...
Mondomix : Que répondre à ceux qui se demandent si "Le daron" de la chanson, qui n'est jamais à la hauteur mais pousse à chaque instant son fils à "chanter sa colère", voudrait bien les adopter ?
Les Ogres de Barback : Ils ont leur chance car des "darons" comme dans cette chanson, il y en a plein partout !! C'est un "daron" inventé mais inspiré de tous ces personnages que nous rencontrons au fur et à mesure de nos tournées.