Après la comédie Looking For Eric, le réalisateur britannique Ken Loach revient à des thématiques plus sombres. Avec à ses côtés son scénariste fétiche, Paul Laverty (Le Vent Se Lève, Sweet Sixteen, ou encore Bread & Roses), il s’attaque à sa manière à la guerre en Irak. Route Irish dénonce la privatisation du conflit. Les Etats font de plus en plus appel à des groupes privés pour satisfaire les lobbys paramilitaires. L’intérêt est double puisqu’il permet de se désengager de la guerre quand l’opinion publique lui devient hostile.
La « Route Irish » est l’une des routes les plus dangereuses du monde. Elle relie l’aéroport de Bagdad à la « Zone verte », une enclave ultra sécurisée où vivent dignitaires, membres du gouvernement et représentants des grands groupes étrangers présents en Irak. C’est sur cette route que les insurgés multiplient les embuscades. C’est là que meurt Frankie (John Bishop), un « soldat contractuel », l’euphémisme qui désigne ces nouveaux mercenaires. Fergus (Mark Womack), son meilleur ami et ancien para, décide d’enquêter sur sa disparition.
Bande-annonce de Route Irish
Il ne s'agit pas ici d'un film de guerre comme nous avons l’habitude d’en voir. La majeure partie de l’intrigue se déroule à Liverpool. Ken Loach filme l’auto destruction d’un soldat de retour sur le sol anglais. L’Irak n’est montré qu’au travers de flash backs, d’extraits de journaux télévisés ou d’images filmées sur des téléphones portables.
Le film fait écho au scandale déclenché dans le monde anglo-saxon par les débordements de la société Blackwater, dont les agents ont tué 17 civils bagdadiens en septembre 2007. Rappelons que l’état-major de Bush avait imposé aux autorités irakiennes la fameuse « ordonnance 17 », qui donnait l’immunité judiciaire à tous les mercenaires entre 2003 et 2009. Les présidents et les agents commerciaux de ces sociétés de sécurité raflent de juteux contrats. La reconstruction de l’Irak a généré des milliards de dollars avec son lot de fraude et de corruption. Avec des dessous de table, les responsables des sociétés privées acquièrent la complicité de responsables politiques.
Les élus ont intérêt à privatiser la guerre pour la faire oublier à leurs électeurs. Les mercenaires tués sont rapatriés discrètement. Souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique, ceux qui rentrent vivants peinent à se réinsérer. Ils gardent en eux la violence et certains automatismes de combat et deviennent de véritables bombes à retardement.
Le réalisateur signe un thriller psychologique sombre et percutant. Même si on regrette par moments un certain manque de rythme, sa caméra, impeccable comme à l’accoutumée, filme des acteurs saisissants.
Augustin Bondoux
Route Irish : Un film de Ken Loach - Scénario de Paul Laverty - Avec : Mark Womack, Andrea Lowe, John Bishop, ... - Sortie : le 16 mars 2011 - Durée : 1 h 49