Le plus étonnant, dans la plupart des portraits de Vincent Rosenblatt, c’est l’impression de sérénité que donnent ses modèles. Leur corps en mouvement, leur regard droit, laissent transparaître une grande force intérieure. Leur belle assurance est un peu celle de marins en pleine tempête ou, pour reprendre un mot du Français, de "guerriers" qui attendent l’assaut.
Parce qu’autour d’eux, règne une ambiance guerrière. Si le photographe élargissait son cadre, s’il prenait de la distance, apparaîtraient au premier plan les « morros », les favelas, et, au dessous, « l’asfalto », la ville de Rio de Janeiro. Il témoignerait des accrochages entre gangs et des batailles que se livrent les trafiquants et la police militaire pour le contrôle de ces quartiers. Il montrerait également la compétition acharnée qui opposent – à grands coups de basses et de MCs prestigieux – les centaines de sound systems de Rio.
Mais, justement, le propos de Vincent Rosenblatt n’est pas d’élargir son cadre. L’essentiel de son travail consiste à échapper aux généralités, à faire taire un instant les statistiques pour s’intéresser à des danseurs qui ne ressemblent en rien à l’idée qu’on peut s’en faire :
« Le Baile Funk de favela surprend le témoin «étranger» par ses codes de discipline, respect de l’autre, fille ou garçon, danseur ou junkie. Parade de fierté, de créations et recherches de chorégraphie collectives, aucun garçon ne s’approche trop d’une fille à moins d’y être invité, et pas seulement par crainte de heurter le sens du territoire d’un chef de gang local. Les paroles ultra sexuelles ou guerrières du baile de favela sont comme des messages symboliques sans passage à l’acte. L’élégance des gestes, des pas, entraîne la foule dans une transe collective qui n’est pas même troublée par la présence de bandits défilant l’arme au poing et scandant les samples du DJ par des rafales de tirs vers le ciel! » explique le photographe.
(Vidéo : la prestation d'un MC lors d'un baile funk à Itaborai)
Ce respect de la dignité de chacun, ce refus des stéréotypes ont poussé Vincent Rosenblatt à créer un atelier photographique, « Olhares do Morro », sur les hauteurs de Rio. Désormais, les habitants de la favela Santa Marta peuvent créer – et donc contrôler – leurs propres images. L’atelier est devenu une association, puis une agence qui diffuse le travail de plusieurs de ces photographes. Certains ont exposé au siège de l’Unesco et aux rencontres d’Arles mais, à la Maison Européenne de la Photographie, c’est au créateur de l’atelier, Vincent Rosenblatt, qu’est rendu hommage jusqu’au 10 avril.
Je suis allée voir votre exposition "bailey funk" et malgré l'étroitesse du lieu, je n'ai pas décollé de la salle avant qu'on me mette dehors. En effet, quel riche documentaire: être allé au brésil, dans les favelas et avoir rencontré tous ces artistes... merci de nous avoir fait découvrir ce monde avec son univers si profond! vous avez beaucoup d'humour et de culture et même sans connaitre le bailey funk, le reportage reste captivant! merci mille fois, j'espère que vous ferez longue route!