Aurelio Martinez : nouvel album du porte-parole de la culture garifuna
02/03/2011
Fils et petit-fils de musiciens, Aurelio Martinez n’a pas trahi la lignée. Tout petit, dans un village du Honduras nommé Plaplaya, il s’amusait à construire une guitare avec des planches de bois et des fils de pêche. Au fil des années, il poursuit l’expérience et se plait à gratter les cordes au son du punta rock, le style garifuna en vogue dans les années 90. « A l’époque, je jouais une musique contestataire, qui relatait les histoires de mon peuple et ses difficultés au quotidien », raconte Aurelio.
C’est peu après qu’il fait la connaissance d’Andy Palacio, fervent défenseur au Belize de cette minorité issue du métissage d’esclaves africains et d’indiens Caraïbes. Il deviendra son frère de coeur et de combat. « Nous nous sommes rencontrés en 1997, à l’occasion des 200 ans de présence garifuna sur le territoire centre-américain (les Garifunas y furent déportés des îles Caraïbes en 1797 après une révolte contre les troupes anglaises, NDLR). Il est venu jouer avec son groupe dans un club que je tenais au Honduras ».
Andy lui présente alors Ivan Duran, producteur au Belize, qui le fait participer à la compilation "Parranda, Africa in Central America" (1998). Six ans plus tard, il produit son premier disque, "Garifuna Soul", sur son label Stonetree Records. « Si la culture Garifuna conserve son authenticité sans tomber dans l’oubli, elle le doit en partie à Ivan Duran et à son label, souligne Aurelio. Il est le seul entrepreneur à avoir eu confiance en la promotion de cette musique à un niveau international. Il a passé des heures à en rechercher le vrai son, donc au même titre que les artistes, il a construit l’image actuelle de la musique garifuna. Il est un Andy Palacio et un Aurelio Martinez bis ».
Porte-parole de sa communauté, Aurelio est élu député en 2005 au Parlement du Honduras, mais il déchante vite dans ce nouvel apparat. « C’est un environnement très distant, très hypocrite, qui ne va pas du tout de pair avec ce que je suis en tant que musicien. J’ai renoncé à ce milieu pour me consacrer uniquement à ma vie d’artiste ». La mort soudaine d’Andy Palacio en 2008 le pousse alors à approfondir cette question identitaire qui a traversé leur amitié. Il décide de remonter aux sources de cette tradition et s’envole à la découverte du Sénégal, terre de ses ancêtres, pour collaborer notamment avec Youssou N’Dour et l’Orchestra Baobab. « Avec ce nouvel album, je poursuis le travail d’Andy et l’emmène vers l’Afrique de l’Ouest. Le titre, Laruya Beya, signifie “le bord de mer”. C’est là où sont enregistrées la plupart des oeuvres de notre culture, de Wátina (dernier album d’Andy Palacio) à Umalali (collectif de chanteuses garifunas). Mais nous avons des racines afro. Et ce lien entre Afrique et Amérique s’est fait aussi par la mer, c’est par elle que nous sommes arrivés ».
(Vidéo : Aurelio Martinez et Youssou N'Dour parlent de leur collaboration)
Et c’est par elle que d’autres, aujourd’hui, tentent de partir... « Un jour, j’étais au bord de l’eau, à Dakar, et je me suis mis à pleurer en voyant tous ces bateaux partir vers Gorée et ces gens qui attendaient dans l’espoir incertain de partir vers l’Occident… Ce voyage a pris une signification symbolique bien plus précieuse que le disque lui-même ». Celle, sans doute, comme le dit Youssou N’Dour, de « reconnecter ce qui est parti de l’Afrique pour y revenir ».
Nadia Aci
Aurelio Martinez, "Larua Beya", (Cumbancha), sortie le 2 mars 2011.