Oncle Boonmee est malade. Il sent la fin de cette vie proche et décide de retourner mourir dans une grotte dans la jungle, lieu de naissance de ses vies antérieures. Les fantômes de sa femme défunte et de son fils disparu s’invitent un soir à sa table pour l’accompagner vers sa mort. Ses vies antérieures lui reviennent en mémoire. Apichatpong Weerasethakul filme des fantômes, des animaux qui parlent, un mourant apaisé qui n’est qu’à un moment de son existence. Autant d’éléments qui perturbent nos habitudes de spectateur. Cela peut rebuter ou au contraire, nous libérer pour mieux nous emporter dans une rêverie bercée par les multiples voix de la jungle thaïlandaise.
(Bande-annonce : "Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures" de Apichatpong Weerasethakul)
L’édition DVD de la Palme d’or du dernier Festival de Cannes, replace Oncle Boonmee dans le projet multimédia « Primitive » du réalisateur thaïlandais. Un livret de 24 pages nous décrit cette installation présentée dans plusieurs musées d’Europe, dont le musée d’Art Moderne de Paris (d’octobre 2009 à janvier 2010). Weerasethakul y assemblait objets, photos et vidéos fabriqués et glanés près du village de Nabua, dans le Nord-est de la Thaïlande, lors de ses repérages pour le film. Il présentait ainsi les éléments constitutifs d’un processus de création en cours de réalisation.
Le DVD propose l’une des œuvres de l’exposition « Primitive », le court métrage Lettre à Oncle Boonmee. Ce film de 18 minutes est constitué uniquement de lents et magnifiques travellings accompagnés par la voix off du neveu de Boonmee, écrivant à son Oncle son désir de faire un film sur sa vie. La caméra y traverse les maisons vides de Nabua et la nature qui l’entoure, à la manière d’esprits et de croyances qui rodent. De l’aveu même du réalisateur dans l’entretien associé au DVD, cette Palme d’or est son film le plus politique. Loin d’être un tract revendicatif, Oncle Boonmee, par ses thématiques et son esthétique, questionne la société thaïlandaise d’hier et d’aujourd’hui. Les esprits et les créatures qui hantent les villages et la jungle évoquent les nombreux morts oubliés de cette région où, dans les années 60, l’armée luttait avec férocité contre l’insurrection communiste.
Dans le contexte thaïlandais de ces dernières années, où les coups d’Etats se sont succédés et une censure morale a été institutionnalisée, la liberté du cinéma d’Apichatpong Weerasethakul devient en effet un acte politique.
A l’image des multiples outils exposés dans le projet « Primitive », la mise en scène du réalisateur foisonne d’éléments, a priori hybrides, associés dans un élan ludique. Il convoque aussi bien des effets vieux comme l’invention du cinématographe (surimpressions, scènes nocturnes tournées de jour) que des ruptures temporelles modernes (dédoublement de scène). En mélangeant les genres et les techniques cinématographiques, Apichatpong Weeasethakul devient lui-même un espace de réincarnation : les cinéastes du passé continuent de s’exprimer à travers lui.
Rémi Crépeau
Fiche technique :
- Titre : Oncle Boonmee, Celui qui se souvient de ses vies antérieures - Avec : Geerasak Kulhong, Jenjira Pongpas, Kanokporn Thongaram, ..., - Réalisateur : Apichatpong Weerasethakul - Langue : Français, Thaï - Sous-titres : Français - Région 2 - Durée : 108 minutes
Contenu du DVD :
- Le Film : Oncle Boonmee, Celui qui se souvient de ses vies antérieures
- « Oncle Apitchatpong », entretien avec le réalisateur en VOST (16 mn)
- « Lettre à Oncle Boonmee », le court-métrage prélude au film en VOST (18 mn
- Les 7 scènes coupées en VOST (24 mn)
- Les bandes-annonces française et internationale en VOST (4 mn)
- Un livret de 24 pages replaçant le film dans le contexte artistique du projet « Primitive »