« Je voulais faire un film excitant, que les jeunes en Iran aient envie de le voir, dans un pays que je sentais sur le bord d’exploser », explique Rafi Pitts en référence à un certain cinéma américain qui mêle polar et politique. Dans le même esprit, son film sonne, sans pour autant que ce soit l’intention initiale, comme une réponse à l’emprisonnement de Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, ses confrères condamnés à six ans de prison et vingt ans d’interdiction de filmer. Leur crime ? Avoir eu l’idée de réaliser une oeuvre interrogeant la situation politique en Iran.
Dans "The hunter", c’est Rafi Pitts lui-même qui incarne le personnage principal, celui d’un révolté que tente de museler une société répressive. Homme solitaire et taciturne, Ali sort de prison et accepte un travail de gardien de nuit. Il ne vit que pour sa femme et sa fille et pour la chasse qu’il pratique seul, dans la forêt. Un jour, alors qu’il rentre chez lui, il retrouve l’appartement vide. La police finit par lui apprendre que sa famille a été tuée lors d’une manifestation. Ali décide de se rebeller contre ce système qui veut l’étouffer et, en représailles, finit par assassiner deux policiers.
(Bande-annonce : "The Hunter" de Rafi Pitts)
Par sa mise en scène naturaliste et âpre, au découpage pourtant sophistiqué, "The hunter" renoue avec les thrillers politiques américains plébiscités par son auteur. Oeuvre subversive malgré l’étroite surveillance de la censure iranienne, le film de Rafi Pitts se trouve animé d’un souffle libertaire bienvenu. « Je veux que mes films soient vus par tous dans le pays, y compris et surtout ceux qui ne sont pas d’accord avec moi », précise le réalisateur expliquant pourquoi il tient à avoir les autorisations de tournage en bonne et due forme. S’il n’est pas encore sorti en Iran, "The hunter", avec sa vision peu complaisante de la situation politique du pays, fait pourtant le tour du monde. Aller voir "The hunter", c’est militer en faveur de la liberté de mouvements des cinéastes iraniens.
Thomas Roland
- Titre original : Shekarchi - Réalisé par Rafi Pitts - Avec Rafi Pitts, Mitra Hajjar, Ali Nicksaulat, Hassan Ghalenoi, Manoochehr Rahimi, … - Durée : 92mn