La vitalité de l’électro mexicaine témoigne d’une pluralité de styles qui reflète la richesse culturelle du pays. Elle hérite des courants de la techno ou du hip-hop, procède de fusions inédites ou recycle d’anciennes traditions. A l’occasion de l’année du mexique en France, zoom sur trois figures emblématiques de cette diversité, avec Nortec Collective, Mexican Institute of Sound et Toy Selectah.
Nortec Collective, le cartel de Tijuana
(Vidéo clip : "Tengo la voz" de Nortec Collective)
Ambassadeur de l’électro mexicaine, Nortec Collective défend l’une des fusions entre musiques latines et électroniques les plus abouties à ce jour. Fondé en 1999, ce collectif de producteurs et graphistes de Tijuana fait de la frontière avec les Etats-Unis le cœur de son imaginaire. Telle une bande-son de cet environnement témoin de la porosité entre les deux rives du Río Grande, sa musique procède d’un carambolage de sonorités traditionnelles du nord du Mexique, avec accordéon et fanfare de cuivres, et d’un montage finement ciselé de pulsations électro. Après deux albums collectifs, l’expérience Nortec se décompose aujourd’hui en projets de duo (Bostich + Fussible) et de solos (Clorófila et Hiperboreal). Modèles du genre, leurs shows multimédias intègrent instrumentation live et nouvelles technologies, notamment grâce à des iPad dotés d’une interface de contrôle des sons et des images.
Mexican Institute of Sound, ministre du postiche
(Vidéo clip : "Alocatel" de Mexican Institute of Sound)
Le Mexican Institute of Sound n’est pas une agence gouvernementale. Boss de la major EMI au Mexique, Camilo Lara officie seul à la tête de ce projet électro-latino pétillant d’humour, choisi pour composer l’une des musiques du défilé du bicentenaire de l’Indépendance, le 15 septembre dernier à Mexico. Un hymne groovy à la diversité culturelle du pays, au détour duquel il a convoqué folklores régionaux, trompettes mariachi et accordéon de cumbia dans un bain de hip-hop et de pop synthétique. Passé maître dans l’art du collage, Camilo Lara transpose dans l’ère du sampling l’esprit fantaisiste de son compatriote Esquivel, pionnier de l’easy listening des années 50. Son univers se fait un écho joyeux du chaos urbain de la capitale et prolonge la portée d’un regard baroque et surréaliste, typiquement mexicain, sur les sons de notre époque.
Toy Selectah, pistolero de Monterrey
(Vidéo clip : "Cumbia sobre el Rio" de Celso Piña, mixé par Toy Selectah)
Figure historique du hip-hop mexicain avec le groupe Control Machete, le DJ/producteur Toy Selectah s’est fait un nom dans les sound systems de sa ville de Monterrey, en combinant les saveurs de la cumbia aux infrabasses du dub et du hip-hop. En 2001, le tube "Cumbia Sobre el Río", qu’il produit pour l’accordéoniste Celso Piña, offre une seconde jeunesse à ce rythme d’origine colombienne et met le feu aux poudres en Amérique latine. Signé par le label Mad Decent de son homologue américain Diplo, convoité par des stars de la pop (Eminem, Morrissey, M.I.A., vampire Weekend), ce producteur et remixeur abreuve la toile de mixtapes incendiaires, quand il n’est pas occupé à parcourir le monde, seul derrière ses platines ou avec son groupe Sonidero nacional.