Bernard Lavilliers : "La solidarité est une cause perdue remplacée par la charité et c’est terrible"
31/01/2011
Arpenteur du monde célèbre pour ses importations de musiques ensoleillées et ses coups de gueule, Bernard Lavilliers vient de sortir son nouvel opus, "Causes Perdues et Musiques Tropicales". L'occasion pour le rencontrer dans son QG à Oberkampf au Mécano Bar et d'évoquer, entre autres, sa rencontre avec François Mitterrand, l'identité nationale ou encore le philosophe Jean Baudrillard.
La solidarité n’est-elle pas la cause perdue d’aujourd’hui ?
Bernard Lavilliers : C’est ce que je raconte dans tout l’album. La solidarité est une cause perdue remplacée par la charité et c’est terrible. Je déteste la charité. Enfin, ce n’est pas vrai pour tout le monde, ni pour tous les pays.
Si l’on considère qu’il existe une culture dominante, quelle serait la culture de résistance ? Je la vois surtout dans les associations. Les écolos par exemple essayent de polluer le moins possible et de recycler. ça commence à entrer dans les moeurs. Les écolos politiques essayent de bâtir une société neuve en respectant la nature. Je trouve que c’est nouveau et cette voix se fait de plus en plus entendre. Elle est d’ailleurs récupérée par Darty et Carrefour, mais peu importe ! Ce qui est intéressant, c’est tout ce mouvement de responsabilité individuelle. Je ne suis pas totalement désespéré.
Vous l’êtes peut-être un peu plus dans vos chansons, notamment dans celles qui parlent de Paris comme "L’exilé"… Le mec dont je parle dans la chanson ne reconnaît pas Paris. Il a peut-être étudié longtemps à Paris et il revient d’Iran, d’Irak, de je ne sais où, et il ne reconnaît pas la ville. Il y a des flics partout, les gens sont désagréables, il demande un renseignement et on l’envoie chier. C’est une douleur extrême car pendant toute sa jeunesse, disons dans les années 70, dans le Quartier latin, il avait des copains français, ils se mélangeaient, c’était normal. Maintenant, on commence à faire des catégories, tout le monde se méfie. Mais ce n’est pas moi qui dit ca, c’est l’exilé.
Vous ne partagez pas son point de vue ?C’est à l’image du pays, qui est dans une sorte de…
Une sorte de régression, disons-le. Quand j’avais 20 ans, on n’avait pas la même attitude. Les gens n’étaient pas aussi tendus. Le problème quand on isole les gens, c’est qu’ils finissent par tout détester et se détester entre eux.
C’était impensable pour vous de ne pas écrire sur l’identité nationale ?
J’ai écrit l’album il y a un an à Brooklyn. Il y avait déjà le ministère de l’immigration, l’identité nationale, l’immigration choisie, après il y a eu « être un bon français ». Je me suis souvenu de tout ça et je me suis dit « Oh la la ». J’ai poussé le bouchon histoire de me faire entendre, comme ceux qui poussent le bouchon face au gouvernement d’une façon triviale.