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ACTUALITEBOUBACAR TRAORE MALIBoubacar Traoré : le retour du dribbleur25/01/2011
Après cinquante ans d'une carrière en dent de scie, Boubacar Traoré déroule dans Mali Denhou une musique profonde et nostalgique. Mais à grands coups de guitare et d'harmonica, le vieux Kar-Kar chasse le blues, le cœur en paix.
Au Mali, Boubacar Traoré est un musicien à part. Il a connu le succès dans les années 60, l’oubli pendant près de vingt ans et coule désormais une retraite paisible, à Bamako. Pendant cinquante années, l’âme solitaire de la musique malienne a composé dans un style unique des morceaux dictés par la grande histoire : l’indépendance du Mali, ou la sienne, à la fois sereine et tragique.
Lorsqu’il parle de Mali Denhou, son huitième album, ses yeux chuchotent le même refrain que ses chansons : ce qui compte désormais, c’est la paix. Avec soi-même, l’histoire, les anciens, le pays tout entier… Son âge ? La question le fait glousser comme un jeune homme : « Ah non. C’est un secret ! ». Kar-Kar est grave et gai, son ton s’emballe en parlant twist et madison et il insiste : « Mali Denhou a été enregistré en une journée de studio ! ». Certains morceaux résonnaient dans sa tête depuis les années 60. D’autres, comme Dundôbesse M’Bedouniato, sont plus récents.
« Là, je dis que j’ai fait mon temps dans ce monde, ça y est ! Un jour, je devrai m’en aller. Un jour, l’homme connaît la gloire, le jour suivant, il n’est plus rien ».
Des paroles inspirées par sa vie, tissée de succès et de désillusions. Ex-star des sixties Né à Kayes, à l’ouest du Mali, dans une famille noble, il était un joueur de football exceptionnel, promis à une grande carrière, qu’une blessure au pied anéantit à la fin des années 50. Adieu le ballon : il ne garde que son surnom Kar-Kar, « le dribbleur ». Il apprend la guitare avec son frère et imprime directement son style.
« Je joue de la guitare comme si c’était une kora, comme si elle avait 21 cordes, explique-t-il. Mon jeu est inspiré par le style du mandé, je joue “double gamme” ».
A partir de 1963, son Mali Twist, diffusé plusieurs fois par jour à la Radio du Mali, en fait une star des sixties, mais sa notoriété s’éteint. Plus rien pendant vingt ans, on le croit mort. Il tient en fait une petite boutique à Kayes et ne joue plus de musique. En 1989, redécouvert par des journalistes de Radio Mali, il enregistre sa première cassette à Bamako, puis part en tournée britannique. En 1995, le Centre Culturel Français lui ouvre ses portes. A force d’albums et de tournées, au Mali, on se rappelle de Kar-Kar, le dribbleur au twist impeccable, qui a motivé en musique le Mali post-indépendant. Il est devenu depuis une voix incontournable de la musique malienne. Un symbole, aussi, du statut ingrat des musiciens en Afrique et du mépris de leur talent. Mali Denhou sonne donc comme un rappel.
« Il faut reconnaître que j’ai fait bien des choses dans mon pays depuis les années 60, conclut Kar-Kar. Les dirigeants doivent protéger l’art des musiciens ! C’est grâce à eux que le nom du Mali a traversé toutes les rivières du monde ». 25/01/2011 BOUBACAR TRAORE MALI
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