Familha Artús : « Nous sommes des alter-localistes »
17/02/2011
Les lecteurs de Dumas – et en particulier des Trois Mousquetaires – le savent : les Gascons ont du caractère ! Quatre siècles après d'Artagnan, cette région du sud-ouest, située entre le Bordelais et le Pays Basque, continue de donner naissance à de fortes têtes. Bernard Lubat s'était déjà illustré avec son « jazzcogne », son bouillonnant festival d'Uzeste et sa poésie truculente. Depuis près de dix ans, c'est au tour de la Familha Artús de générer ce qu'ils appellent fièrement une "musique radicale de Gascogne". Fausse famille mais vraie tribue, le groupe chante en occitan un furieux mélange d'harmonies traditionnelles et de techno-rock intransigeant.
Même si elle dit de son dernier album, "Drac", qu'il "est sauvage, insoumis, militant, utopiste, il n'est pas prosélitique, il n'explique rien, ne se justifie pas, il agit", la Familha Artús nous a donné quelques explications sur sa démarche …
La contre-culture est elle pour vous une réalité ?
Familha Artús : Non! nous sommes "culturés", donc dans une culture, enraciné sur notre territoire, vivant et en mutation, et nous travaillons à le dynamiser pour le rendre de plus en plus ouvert. On est des "alter-localistes". Ceci dit, si l'on parle de la culture de masse, culture hors-sol, c'est à dire populiste, il est vrai que nous préférons la culture raisonnée, culture "pleine terre", c'est à dire populaire. Nous ne cherchons pas la marge, c'est le centre qui nous fuit.
Si oui, à votre avis, quelles personnalités ou structures pourraient la représenter aujourd'hui en France?
Familha Artús : Toutes les structures culturelles de terrains qui ne cherchent pas la rentabilité et le profit, mais la qualité et la stabilité.
Nous évoquons dans notre dossier spécial la revendication de la lenteur, la transmission des outils de communications aux minorités, l'artivisme (performances à la fois artistiques et politiques), la défense des cultures minoritaires d'ici et d'ailleurs, les coopérative de production et de diffusions culturelles, ... Vous reconnaissez-vous dans l'un de ces gestes ou l'une de ces attitudes qui peuvent ressembler à de la contre-culture ?
Familha Artús : Tous! l'alternativité et l'auto-gestion sont obligatoires pour survivre et produire avec les miettes du système actuel. Un gros effort est mis aussi sur les (nouvelles) technologies et le souhait / la nécessité de s'affranchir des puissants réseaux intégrés de production / promotion / distribution / diffusion (type Universal ou Live Nation) qui, grâce à des moyens colossaux, empêchent la visibilité des initiatives alternatives, y compris auprès de structures qui sont censées les promouvoir : - équipement et construction d'un studio d'enregistrement, - forte identité visuelle créée et développée en interne, - comme avec les fanzines des années 80, utilisation de tous les moyens actuels de promotion internet : site, FaceBook, MySpace, lettres d'info, etc. - multiplication des moyens de distribution : numérique et physique, avec des distributeurs indépendants mais aussi en auto-distribution.
Dans votre démarche artistique et citoyenne, vous agissez pour (en faveur de) quoi ? Et contre (en réaction à) quoi ?
Familha Artús : On ré-agit en créant d'autres pôles d'attraction que la masse, l'uniformisation, la standardisation,... nous créons des connexions multiples qui bouleversent l'ordre établi, archaïque, centraliste et jacobin. Nous agissons à des échelles qui nous permettent le rapport humain et la confiance.
Il est à noter que, en lien direct avec notre démarche d'utilisation, d'interprétation et de transmission du patrimoine culturel immatériel / matériel de Gascogne que nous explorons, nous avons ouvert les droits sur tous les titres de notre dernier album. Sans avoir à nous demander la permission, n'importe qui est libre de copier, transformer et diffuser cette œuvre, tant que c'est fait dans un cadre non-commercial et que la source est citée, selon les termes de la licence Creative Commons CC-By-NC-SA. Nous estimons que c'est la moindre des choses envers ce patrimoine qui s'est transmis jusqu'alors, sans qu'aucun ayant droit ne le fige, lui laissant ainsi la liberté de s'adapter et de se transformer plus facilement. L’objectif recherché est d’encourager de manière simple et licite la circulation des œuvres, l’échange et la créativité. Favoriser une diffusion et une transmission plus « organique » et naturelle, à la portée de tous. Nous souhaitons partager notre travail et enrichir le patrimoine commun de la culture et de l'information.