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La Fanzinothèque : « Toute culture, quelle soit dominante, élitiste ou de masse, appelle une contre-culture »

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La Fanzinothèque : « Toute culture, quelle soit dominante, élitiste ou de masse, appelle une contre-culture »

10/02/2011

Des fanzines à l’heure d’Internet ? Et oui. Et ces revues – rédigées et imprimées avec amour mais distribuées confidentiellement – se comptent même par milliers !
Ainsi, la Fanzinothèque s'enorgueillit d’une collection de 50 000 documents, parmi lesquels des publications issues de la micro-édition graphique, d'insolites objets culturels (musique, cinéma, …) et des bandes dessinées en série limitée.


Née à Poitiers dans les années 80, sur une idée du Conseil Communal des Jeunes, l'association est aujourd'hui installée dans les locaux du Confort Moderne, une salle de concerts dont l’audace est proverbiale. Voilà un parfait avant-poste pour observer le bouillonnement contre-culturel et répondre à nos questions …

 


La contre-culture est elle pour vous une réalité ?

 


Cécile Guillemet : Toute culture, quelle soit dominante, élitiste, ou de masse, appelle une contre-culture. Une institution pourra considérer contre-culturelle une structure associative, qui passera elle-même pour institutionnelle aux yeux d'organisations ou d'acteurs agissant de façon plus souterraine et ne dépendant pas de financement public.


La notion de contre-culture n'est pas figée. Elle évolue avec les époques. Prenons l'exemple des scènes punk hardcore et hip-hop françaises dans les années 90. Alors que l'industrie musicale est à son apogée, des groupes de musique et labels trouvent les moyens de produire eux-mêmes leurs disques et de les diffuser, d'organiser leurs concerts, de produire et de diffuser leurs fanzines, fédérant des réseaux à échelle mondiale même si invisibles aux yeux du grand public. On peut citer les labels Stonehenge de Bordeaux, Burnout de Reims, Badcard, Murder, Panx (Toulouse)..., le fanzine Earquake... la liste est longue.


Aujourd'hui l'autonomie de la production et de la diffusion est-elle un critère permettant de définir ce qui relève de la contre-culture? Difficile de l'affirmer à l'heure d'internet 2.0.
La contre-culture ne passe-t-elle pas aujourd'hui davantage par un retour à l'objet, paradoxalement? 

 

 

La Fanzinothèque

 


Si oui, à votre avis, quelles personnalités ou structures pourraient la représenter aujourd'hui en France?

 


Cécile Guillemet : La notion de contre-culture étant toute relative, je me méfierais d'une photographie des figures de proue de la contre-culture. Je trouverais ça plutôt aller à l'encontre de l'essence même de cultures qui ne se veulent ni glorifiées, ni cataloguées.

 


Nous évoquons dans notre dossier spécial la revendication de la lenteur, la transmission des outils de communications aux minorités, l'artivisme (performances à la fois artistiques et politiques), la défense des cultures minoritaires d'ici et d'ailleurs, les coopérative de production et de diffusions culturelles, ...
Vous reconnaissez-vous dans l'un de ces gestes ou l'une de ces attitudes qui peuvent ressembler à de la contre-culture ?


Cécile Guillemet : Notre association loi 1901, La Fanzinothèque – subventionnée notamment par la ville de Poitiers - valorise depuis 1989 les fanzines et le fanzinat. Le mot fanzine (de fanatic et de magazine) est apparu dans les années 30 aux Etats-Unis pour désigner les revues amateures créées et diffusées par des passionnés de science-fiction (alors boudée par la presse officielle). Actuellement un fanzine peut être un magazine de fans, aussi bien qu'un moyen d'expression artistique, littéraire, politique, etc. ou qu'un objet de création à part entière. Aux contenus et aspects multiples, les fanzines ont une démarche commune : tout faire soi-même de A à Z, sans finalité lucrative.


De fait, la Fanzinothèque collecte, conserve et met en valeur des médias émanant de groupes minoritaires (mais pas uniquement). Son fonds de 50 000 documents (collection internationale des années 50 à nos jours, BD, SF, cinéma de genre, gay, lesbien, politique, rock, punk, jazz, écriture, etc.) constitue des ressources documentaires alternatives uniques.  Elle oeuvre à la transmission de valeurs et de savoir-faire (via son Labo de sérigraphie par exemple).

 

 

La Fanzinothèque

 


Dans votre démarche artistique et citoyenne, vous agissez pour (en faveur de) quoi ? Et contre (en réaction à) quoi ?

 


Cécile Guillemet : La Fanzinothèque organise et participe régulièrement à des événements (expositions, rencontres, etc.) qui soulignent la richesse et la créativité du fanzinat et de l'art souterrain, qui se situent aux antipodes du marché de l'art et de la sacralisation de l'artiste (voire de sa starification). Par exemple en mai 2011, la Fanzinothèque fêtera les 20 ans du fanzine Chéribibi consacré aux cultures authentiquement populaires, émanations d'un peuple acteur (à ne pas confondre avec « la culture de masse fabriquée à la chaîne par l'industrie spectaculaire moderne »).

 

Propos recueillis par François Mauger

 

Et aussi sur le web :

- Le site de La Fanzinothèque

-Le site de Chéri Bibi


10/02/2011
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