Gastronomie, arts, littérature, musique et encore musique ... Ce n'est pas parce qu'elle a été lancée par Brice Hortefeux qu'on va bouder "l'année de l'Outre-mer".
La scène ne devait pas manquer de saveur : l'année de l'Outre-Mer a été lancée la semaine dernière par Brice Hortefeux (voir le billet du Ricaneur masqué), le décrié Ministre de l'Intérieur, mais aussi, on l'oublie souvent, "de l'Outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration". Quelles sont les connaissances de l'auteur du consternant "quand il y en a un, ça va; c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes" en matière de cultures créoles ? Peut-être est-il un fin connaisseur de la scultpure mélanésienne et de la poésie antillaise ... Ou bien a-t-il découvert l'existence d'un certain Aimé Césaire le jour où celui-ci a refusé de recevoir Nicolas Sarkozy ? N'ayant pas reçu de carton d'invitation, nous n'avons pas pu lui poser la question.
Ce n'est bien sûr pas une raison pour bouder notre plaisir de voir ces cultures enfin célébrées. D'autant que le Ministre est probablement pour bien peu dans tout cela. C'est l'homme de lettres guadeloupéen Daniel Maximin, déjà à l'oeuvre pour le 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, qui s'est chargé de préparer la fête.
Des événements de toute nature ont été prévus : débats, festins (notamment au Salon de l'agriculture et à la Foire de Paris), festival de théâtre (au Tarmac de La Villette), récital de poésie lors de l'ouverture du Printemps des poètes, ... L'exposition "Aimé Césaire, Lam, Picasso… Nous nous sommes trouvés" au Grand Palais, qui évoquera l'amitié du poète et de l'artiste cubain Wifredo Lam, ainsi que leur complicité avec le peintre des Demoiselles d'Avignon, sera probablement celui dont les médias nationaux parleront le plus.
Mais, début mars, au moment du carnaval, les rejouissances viseront avant toût les pieds, les hanches et les oreilles. Une fête gigantesque aura lieu dans la Grande Nef de la Vilette et, non loin de là, le Zenith vibrera un week-end entier au son des jeunes talents (Soft, Davy Sicard, E.Sy Kennenga, Rony Théophile, ...) et des légendes (Malavoi, ...) des Antilles et de La Réunion.
A partir du 11 mars, Banlieues Bleues prolongera la fête. Le festival de la Seine Saint-Denis a en effet choisi de programmer le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart, qui a collaboré avec Erykah Badu, Meshell Ndegeocello, D'Angelo ou encore Roy Hargrove mais n'a jamais oublié sa découverte du gwoka à l'âge de quatre ans. Egalement guadeloupéen (mais originaire de Marie-Galante), le guitariste Christian Laviso pratique le même genre de gymnastique : son jeu très rythmique fait le bonheur de jazzmen comme David Murray. Il jouera le même soir que le percussionniste, chanteur et flûtiste martiniquais Dédé Saint-Prix. Puis viendra le tour de musiques plus traditionnelles : les quadrilles créoles de l'accordéoniste Négoce et de son groupe, Signature, et les merengues haïtiens de Ti Coca. Cette fois, carton d'invitation ou pas, Mondomix sera présent !