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Femi Kuti, au nom du père

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MUSIQUE PORTRAIT FEMI KUTI FELA ANIKULAPO KUTI AFROBEAT NIGERIA

Femi Kuti, au nom du père

30/11/2010

Femi Kuti est une figure majeure et incontournable de l’Afrobeat, et pour cause : il est le fils du roi Fela. Difficile donc d’imaginer une rencontre sans évoquer le père, dont il est le digne héritier. Portrait.

 

 

Né en 1962 à Londres, Femi Kuti a commencé sa carrière de musicien à Lagos (Nigéria) au sein du groupe de son père, Egypt 80’s. Autodidacte, il a suivi presque méticuleusement les pas de son père. Il commence la trompette, puis se met au saxophone, découvre le jazz, et décide de voler de ses propres ailes en 1986, lorsqu’il crée son groupe, The Positive Force. Cinq albums plus tard, il est aujourd’hui le garant d’une tradition musicale et politique indissociable de la famille Kuti.

 

 

 

 

 

Le poids du nom

 

Les Kuti, tribu familiale élargie de musiciens, d’activistes, d’intellectuels, d’artistes dont le poids peut parfois être difficile à porter pour quelqu’un d’aussi fier et déterminé que Femi Kuti. C’est à l’occasion de la sortie de son dernier album, Africa for Africa que la rencontre se fait. Il est tard, c’est la dernière interview, et Femi, majestueux en costume en wax blanc et bleu, a l’air assez irrité. On me glisse à l’oreille que la dernière interview l’a agacé, fatigué d’avoir à tarir les fantasmes des journalistes sur des prétendues relations fratricides au sein du clan :

 

 

 

« Après la mort de mon père (en 1997, ndla), ça a été très dur pour moi. (…) On m’a mis à l’écart, parce que j’avais quitté son groupe pour créer le mien. Et je pense aussi qu’ils ont remis en cause ma légitimité à reprendre les affaires de mon père parce que ma mère avait du sang blanc. Seun était jeune, il n’avait que 16 ans. Il s’est laissé influencer. Maintenant on s’entend bien, on s’entraide, on échange. On a chacun nos responsabilités, on se laisse libres, tant que l’intégrité de la famille n’est pas mise à mal. »

 

Nous coupons donc court à toute spéculation, et rectifions la donne une bonne fois pour toutes : Femi Kuti s’entend parfaitement avec son jeune demi-frère Seun, qui se produit aujourd’hui avec des anciens musiciens du groupe de son père, Egypt 80’s. Une collaboration plutôt réussie, comme en témoigne la qualité de Many Things, un premier album sorti en 2007.

 

 

Retour à la source

 

Car si les choix de Femi lui ont parfois porté préjudice au sein du clan, notamment son départ d’Egypt 80’s, il a su très vite en représenter la part intègre et raisonnée. Après avoir vécu avec sa mère à Londres, Femi part en 1977 au Nigeria vivre avec son père, pour se soustraire « à une éducation néocolonialiste et à un système oppressif ». Une année marquante pour Fela Kuti. Le Shrine est à son sommet, Black President, film hagiographique sur sa vie est en cours de tournage, et Fela voit annulée sa participation au FESTAC - Second World Black and African festival of Arts and Culture. Aubaine, car dans son club, le Shrine, est organisé un « contre festival ». Sur scène défilent tous les musiciens qui participaient au Festival. Les musiciens de Fela impressionnent, ils constitueraient même « le meilleur groupe du monde » selon le jeune bassiste de James Brown de l’époque, un certain Bootsy Collins

 

 



 

 

Afrobeat : le fond et la forme

 

On aurait donc pu imaginer que Femi, de Londres à Lagos, du highlife à l’Afrobeat, en passant par le funk et la soul, ait eu une jeunesse rythmée par une diversité musicale jouée par les meilleurs, mais il n’en n’est rien.

 

« Je n’écoutais que la musique de mon père. Je crois qu’on avait un disque des Beatles, de 69 ou 70. Je me suis mis au jazz après, dans les années 80, et j’en suis devenu fanatique », dit-il avant d’avouer, presque à demi voix, « mais maintenant je n’écoute plus de musique, même pas la mienne ».

 

Ne pas se parasiter l’esprit, précepte cher à la création de l’Afrobeat, forme d’art total née des africanismes de Fela et des ses musiciens. Objet esthétique, musical, politique, idéologique dont il faut maintenir l’intégrité. Devenu désormais un genre musical à part entière, l’Afrobeat pratiqué par Femi est maintenu dans sa forme originelle. Une forme de contestation, un véhicule ô combien efficace d’une rébellion contre le colonialisme sous toutes ses formes. Un genre dont Femi porte le flambeau, qu’il met un point d’honneur à inscrire sur la scène mondiale.

 

« Si Hugh Masekela et ?uestlove viennent jouer gratuitement au New Africa Shrine, si de nombreux groupes jouent de l’Afrobeat, c’est pour moi le signe que nous avons réussi. Nous avons maintenu la force de cette musique, nous l’avons diffusée, et nous sommes incontournables, autant pour les amateurs de musiques que pour les autorités qui tentent de nous faire taire ».

 

 

Perrine Beaufils

 

 

Femi Kuti sera en concert le 11 décembre à l'Alhambra à Paris

 

 

Et aussi sur Mondomix.com :

 

- Lire le portrait de Fela Kuti

 

- Lire le portrait de Tony Allen, batteur mythique de Fela Kuti

 

- Voir le docu "Meet me at the river", une immersion dans la musique sud-africaine


30/11/2010
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