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Indian Music Conference : "La scène musicale indienne ne se résume pas à Bollywood !"

25/11/2010

 Du 17 au 20 novembre, une centaine d’artistes de tous horizons se sont retrouvés à Goa pour la première édition de la Indian Music Conference. Objectif : redéfinir l’industrie indienne de la musique.

 

Pas de chance pour les six groupes de métal programmés en clôture du festival : le concert est annulé en dernière minute « pour raisons politiques », se désole Abijith Rao, leader du groupe tamoul Escher’s Knot. Seule fausse note d’un événement qui, pendant quatre jours, a animé les clubs de Panjim et alentour. Rock, pop, fusion, jazz, classique, électro… « Il existe en Inde des festivals dédiés à chaque style ; l’originalité de la Indian Music Conference est de les réunir tous sur une même plate-forme, explique Pooja, membre de l’équipe organisatrice. Et de proposer, en complément des sessions live, des rencontres et débats « afin de fédérer et soutenir la scène indépendante », dans un pays où l’industrie musicale est trustée à 95% par la production cinématographique.

 

« La musique indienne ne se résume pas à Bollywood ! plaide Abijith. Grâce aux home studios, de plus en plus de groupes voient le jour, dont certains excellents, mais la plupart sont des "college bands". Une fois l’université terminée, personne n’ose passer professionnel : trop mal payé, trop marginal. Du coup, la scène ne grossit pas. »

 

 

 

Srik

 

 

Une culture à impulser

 

Dans la très chic salle de conférence du Rio Resort, près de Baga Beach, artistes et professionnels du secteur échangent leurs expériences et idées sur comment « réinventer » leur métier, à l’aulne des avancées technologiques, du développement économique, de l’ouverture à d’autres sonorités…

 

« Ici, les gens n’achètent pas de CD, les salles se comptent sur les doigts de la main et le public n’est pas très aventurier, commente Srik, rappeur de Madras. Pour percer en tant que musicien, travailler pour la télé et le cinéma est presque incontournable. Et là, faut être fort pour faire accepter des choses qui ne sont pas purement commerciales ! »

 

Pour le rappeur et producteur kéralais Ragged Skull, qui travaille avec des réalisateurs du sud, il s’agit de la jouer fine.

 

« Comme le public indien ne s’intéresse qu’aux chansons de films, j’incorpore dans mes morceaux des éléments de musique populaire pour lui plaire, puis l’habituer peu à peu à de nouveaux sons... »

 

 

 

Ragged Skull

 

 

Autre point central pour les artistes indépendants : développer la scène live.

 

« Les Indiens n’ont pas l’habitude de sortir ; ou alors, juste pour aller au cinéma ! explique Bhavik, rapporteur de la Indian Music Conference. Monter un concert est un parcours du combattant, il faut obtenir une vingtaine d’autorisations différentes. Et les gens ne sont pas prêts (ou n’ont pas les moyens) de payer une place. » Abijith confirme : « L’entrée des concerts sont souvent gratuites, pour attirer du monde. Et les organisateurs ne paient pas les musiciens, sous prétexte qu’ils leur offrent une scène! »

 

Faute de labels pour les soutenir et les promouvoir, les groupes indépendants doivent aussi apprendre à tout faire eux-mêmes. « Il faut être à la fois un artiste de qualité et un entrepreneur avisé ! » sourit Pooja. A l’instar de Ravi, « dont le témoignage a inspiré pas mal de participants de la Conference » : guitariste du groupe Hanson dans les années 90, il allie aujourd’hui ses activités artistiques avec son engagement en faveur d’une industrie musicale plus socialement responsable et son implication au sein de l’association Music for Life Alliance, qui offre une éducation musicale à des gamins défavorisés. Nécessité de s’impliquer dans un marketing relationnel via Facebook et autres Myspace, de surfer sur le potentiel (ou non) des achats en ligne...

 

« En Inde, peu de gens pour l’instant disposent d’une carte de crédit. Une culture consumériste émerge, mais l’immense majorité du public n’est pas prête à payer pour un morceau, souligne Athul Ohri, DJ électro et cofondateur d’une agence de communication digitale. Il faut inventer un nouveau modèle, où la gratuité des titres ne serait qu’un incentive pour une expérience musicale plus large. »

 

En s’appuyant notamment sur le réseau de fans pour soutenir la production et créer le buzz. « Je leur balance mes nouveaux morceaux en exclu, en leur demandant de tweeter dessus », explique Athul. « On a mis en place un pré-booking en ligne de notre prochain album, qui donne droit à une version collector signée par le groupe », témoigne de son côté le leader de Motherjane….

 

 

Motherjane

 

 

Le musicien traditionnel Kamal Sabri, fils du légendaire Ustad Sabri Khan, reste sceptique : « Nous devons nous concentrer sur notre art. Si t’es bon, les producteurs et programmateurs viendront à toi ! » Facile à dire, selon Bhavik : « En Inde, la musique classique est reconnue, elle a une large place. Pas le cas du rock, du rap ou du métal ! »

 

D’où aussi l’intérêt de la Indian Music Conference pour les « nouveaux sons de l’Inde », qui mélangent musique traditionnelle, électro et drum’n’bass,

 

« voire des initiatives comme celles du groupe India Alba, qui mixe cornemuses écossaises et sitars indiennes ! Malheureusement, conclut Bhavik, ces tendances trouvent pour l’instant plus d’écho à l’étranger qu’ici. »

 

 

Réjane Ereau

 

Et sur Mondomix.com :


- Beyrouth, capitale de la scène alternative du monde arabe

 

- Marock'n'Roll au Boulevard


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