Organisé par CulturesFrance, l'Ambassade de France au Népal et l'Alliance française de Katmandou, le festival Planet Nepal a fait chavirer les cœurs d’un public hétéroclite avide de nouveauté. Trois jours de fête, d’échanges et de rencontres autour de thématiques transversales, entre arts et environnement. Bilan des courses : une 1ère édition à l’avenir florissant.
Avec plus de 30 000 spectateurs présents, entre conférences, films et concerts, le projet Planet Nepal a atteint ses objectifs : sensibiliser les népalais à la cause environnementale à travers un évènement festif. Car si l’Himalaya est bien considérée comme « le toit du monde », elle n’en reste pas moins une chaîne montagneuse touchée de plein fouet par les changements climatiques. C’est à la suite d’une mission à Katmandou d’Olivier Poivre-d’Arvor, ancien directeur de CulturesFrance (organisme qui s’occupe entre autres de promouvoir culture française à l’étranger) que l’idée a vu le jour.
« Créer un évènement pluridisciplinaire a permis de toucher un large public, composé à la fois de novices et de professionnels», explique Gaëlle Massicot-Bitty, chargée des musiques actuelles à CulturesFrance. Avec le soutien essentiel de Elise Tassin, actuelle directrice de l’Alliance Française de Katmandou et active coordinatrice de Planet Nepal, le projet a pris une ampleur locale qui a dépassé les espérances escomptées.
D’autant plus qu’il a d’abord pâti d’un faux-départ :
« Le projet était initialement prévu au mois de mai, rappelle Gaëlle. Malheureusement, des manifestations maoïstes ont explosé au même moment, et nous avons dû le reporter. Il a fallu réagir assez vite à cette première difficulté. Mais pour une première édition mise en place dans un contexte politique aussi instable, c’était inespéré ! »
Un festival militant
En sons, en mots ou en objets, l’environnement a trouvé ses formes. Et ce n’est pas par hasard que le choix des artistes s’est fait. Les plasticiens présents sur le site ont proposé des installations symbole d’une écologie malmenée. Le bouddha géant de Karl Knapp, fabriqué entièrement avec des sacs en plastique recyclés, ou les fossiles de bouteilles de Rodolphe Huguet, construits avec les artisans locaux, témoignent bien de cette démarche qui inscrit l’art contemporain dans les traditions.
Pour les scientifiques français qui animaient les conférences, le choix s’est porté tout naturellement sur des experts du Népal et de ses transformations comme l’explorateur Christian Clot, venu il y a 10 ans faire le tour du Népal à pieds, ou le glaciologue Paolo Laj, qui travaille depuis 5 ans avec le Nepal Climate Observatory-Pyramid.
Quant aux musiciens français invités sur le festival, ils ont retenus l’attention par leur engagement au quotidien.
Karine Brun et Gilles Mordant, tandem de choc de Fairplaylist, ont poussé plus loin le combat en proposant un workshop avec des professionnels de la musique (producteur, manager, musiciens…) autour de la question de l’industrie musicale dans les deux pays-phares de cet évènement.
« C’est incroyable, ici les musiciens connaissent très bien le marché de la musique !, note Gilles. Le jeune rappeur Nirnaya Da’NSK, par exemple, connaît tous les chiffres, les pourcentages qui régulent cette économie ! Comme aucun système n’existe pour protéger les artistes népalais, ils sont obligés de s’informer pour régler les choses par eux-mêmes. »
Fairplaylist a par ailleurs organisé la rencontre de Lo’Jo avec les jeunes musiciens de Kutumba, groupe népalais à la notoriété de plus en plus aiguisée dont l’initiative première est de remettre le folklore traditionnel au goût du jour. A la veille du concert, les deux groupes se sont rencontrés pour une première répétition improvisée dans le studio des Kutumba.
L’alchimie s’est produite et a donné lieu le lendemain à un spectacle pénétrant :
« En jouant j’ai ressenti une bienveillance inouïe que j’ai rarement connue dans ma vie, raconte Denis Péan - fondateur de Lo’Jo. Les gens étaient prêts à accueillir une musique étrangère, pas forcément facile d’accès, avec une autre façon de jouer, une autre langue… cette compassion nous a épatés et motivés. ».
Pour les Kutumba, cette soirée a marqué le début d’une vraie reconnaissance :
« C’était merveilleux pour les népalais de voir des français confronter leurs traditions aux nôtres, explique Kiran Nepali – joueur de sarangi. Et au final c’est la première fois que l’on jouait pour les locaux et qu’ils voyaient un de nos concerts. »
Une cité en fête
Au final, les trois jours de festival ont conquis le public mais aussi les participants. Situé àPatan, autrefois capitale et ville d’art, à quelques kilomètres de Katmandou, Planet Nepal a essentiellement investi la magistrale Durbar Square, place centrale dont la richesse des temples et les couleurs rougeoyantes des couchers de soleil laisse littéralement songeur. Un challenge haut en couleurs pour les musiciens de Lo’Jo et Tryo, honorés par l’accueil qu’ils y ont reçu :
Le résultat de cette première édition, bien que très positif, interroge tout de même les organisateurs, et l’heure est déjà au bilan :
« On va très vite réfléchir à la suite possible, souligne Gaëlle. Cette manifestation a été assez coûteuse, c’était une façon de marquer le coup, donc on n’envisage pas forcément d’entamer une deuxième édition dans les mêmes conditions. Par contre, l’idée de créer des évènements entre la France et le Népal de plus petite envergure et tout au long de l’année reste une option à creuser. On s’est rendu compte qu’il y a de vraies connexions à imaginer, notamment dans l’interaction entre scientifiques et artistes, et que les népalais sont tout à fait réceptifs à ce type de proposition. On a senti une réelle prise de conscience. »
En attendant, on retrouvera un premier écho du festival ce samedi 20 novembre 2010 à l’occasion de la deuxième partie du Festival de Ménilmontant avec le plateau Lo’Jo/Kutumba de nouveau réuni par Fairplaylist à la Maison des Métallos. A vos agendas !