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Enquête : les enfants Roms victimes de la politique gouvernementale

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Enquête : les enfants Roms victimes de la politique gouvernementale

09/11/2010

La politique gouvernementale à l'égard des Roms ne fait pas que stigmatiser à outrance une ethnie minoritaire. Elle bafoue les droits fondamentaux de leurs enfants et risque d'avoir des conséquences sur leur avenir.

 

Les reconduites brutales au-delà des frontières françaises, ainsi que la destruction spectaculaire de certains campements, ont fait office cet été d’écran de fumée dans l’actualité. Mais leurs répercussions sont bien réelles : les dispositifs d’expulsion et « l'officialisation » des préjugés à leur égard engendrent la peur dans les familles roms, qui fuient parfois les camps pour se cacher. Et passent de l’extrême précarité à la clandestinité pure et dure. Cet état d’instabilité accrue a pour conséquence de déscolariser les enfants qui avaient la chance de l’être, et perturbe le travail des associations.

 

Obligations de l'Etat non remplies

 

Pour les acteurs de terrain qui soutiennent cette population depuis des années, la situation allait déjà en se dégradant. Les invitations à quitter le pays sont monnaie courante depuis 2007 et le combat pour le respect de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, ratifiée par la France en 1990, est loin d'être achevé. Pour preuve, une étude édifiante sur la Non-scolarisation en France des Enfants Roms Migrants a été rendue publique par le collectif ROMEUROPE en février 2010, à l’occasion de la présence de membres de la communauté à l’Assemblée Nationale, réclamant « le droit à l’éducation pour tous ». Ce compte rendu alerte sur la situation de 7000 enfants roms privés d’enseignement. Les obligations de la France envers ces citoyens européens ne sont pas toujours remplies : sur les 15000 personnes résidant en France, moins de 10% des enfants sont scolarisés.

 

Comment expliquer ces manquements ? Pour Olivier Peyroux, directeur de Hors La Rue, une association de soutien aux mineurs étrangers en danger, basée à Montreuil, « l’énorme problème de scolarisation ne vient pas forcément des intéressés. La plupart des mairies refusent de les scolariser en ayant peur, si elles prennent un ou deux enfants, que tout le monde s’installe sur la commune ». La question du lieu de vie, récurrente, est un frein majeur. Migrants économiques venus en grande partie de Roumanie, les Roms se distinguent des « gens du voyage » par leur sédentarité et leur besoin de se reconstruire. « La technique la plus courante des mairies consiste à prétexter que les classes spéciales pour enfants étrangers sont complètes », poursuit Olivier Peyroux. Car, contrairement aux manouches, qui maîtrisent le français, les enfants roms sont confrontés à la barrière de la langue. Aujourd’hui, les expulsions accentuent des conditions de vie déjà pénibles. Olivier Peyroux déplore ce changement :

 

« Avant, un camp tenait facilement un an, alors que depuis plusieurs mois, les camps sont déplacés tous les trois ou quatre mois. Ça a des conséquences directes sur la scolarisation, notamment quand un enfant se retrouve à une heure de bus de son école. »

 

Plus que jamais, la triste réalité d’un réseau européen exploitant familles et mineurs vient entacher la réputation de ces enfants, trop souvent assimilés à de petits délinquants potentiels. Pour l’équipe de Hors La Rue, qui effectue un travail de préscolarisation, c’est un obstacle fréquent.

 

« On les voit à travers un prisme culturel qui est totalement faux. Même certains travailleurs sociaux n’arrivent parfois pas à analyser les situations distinctement. Ils voient des Roms, c’est tout », constate Olivier Peyroux.

 

L’ignorance en fait-elle des enfants pas comme les autres ?

 

« Quand une tuile tombe du toit d’une maternelle, une cellule psychologique est aussitôt mise en place. Mais personne ne se soucie des petits Roms dont on détruit l’habitation à coups de pelleteuses sous leurs yeux. »

 

Solutions locales

 

Le département de la Seine-Saint-Denis compte environ 2500 Roms, dont 700 répartis sur la ville de Montreuil. La moitié d’entre eux, avec une centaine d’enfants, a été prise en charge par la MOUS Roms (Maîtrise d’Oeuvre Urbaine et Sociale) mise en place par la mairie : ce dispositif d’insertion sociale et professionnelle, sous convention avec les services de l’État, prend le relais du terrain pour faire en sorte que les demandes des associations soient effectives. Environ 40 enfants ont ainsi été scolarisés cette année, notamment grâce à Rues et Cités, qui réalise un travail de prévention et de médiation auprès de la communauté. La tâche est d’autant plus difficile que certaines familles, craignant l’ostracisme des autres enfants, préfèrent garder les petits sur les sites d’accueil gérés par la MOUS.

 

Malgré tout, les Roms restent généralement tributaires des bons soins des associations et des comités de soutien. En Seine-Saint-Denis comme dans les principaux départements concernés, les membres de l’Aide à la Scolarisation des Enfants Tsiganes ont une démarche palliative efficace. Les enfants des camps les plus stables bénéficient d’un camion-école pour quatre heures de cours hebdomadaires. Une jeune enseignante en antenne mobile évoque la différence de culture entre Roms et Manouches, l’habitude de l’école chez les uns et la peur du mélange chez les autres.

 

« On a vu des enfants roms scolarisés ici se faire expulser en Roumanie, où l’on ne sait pas ce qu’il va leur arriver, mais personne n’en tient compte... Alors que ce sont des enfants qui demandent du travail en fin de cours, qui sont enthousiastes et énergiques. Ils nous attendent avec plaisir, parce qu’on provoque un vrai changement dans leur vie », raconte-t-elle.

 

Une ancienne institutrice, aguerrie aux zones sensibles, s’indigne :

 

« Pour avoir vu pendant toute ma carrière des yeux d'enfants - venant de tous les pays - immensément ouverts sur moi, leurs regards pleins d’interrogations mais confiants, je sais que l'on doit tout faire pour ne pas tuer leur désir d'apprendre, de comprendre et d'ainsi participer à la construction du monde. »


Emmanuelle Piganiol

 

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09/11/2010
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